Le voyage de Lord Partner – Lyon – Wilfrid où comment passer de la passion à l’amour

Reprenant sa route après sa pause déjeuner sur l’autoroute d’Auvergne, Lord Partner reçoit un message de Wilfrid qui l’invite à passer par Lyon

Wilfrid malgré sa peur phobique du Covid m’invita à prendre un verre à Lyon chez lui. Ce serait donc la prochaine étape inattendue de mon trajet retour. A 29 ans, ce jeune garçon aux traits virils mais aux manières efféminées se remettait tout juste d’un an et demi de la maladie du baiser. Il en avait énormément souffert moralement, cloué au lit à un âge où la vitalité est de nature explosive. Depuis peu tiré d’affaire, il gardait de cette mauvaise période une phobie absolue de la maladie. Il ne voulait pas revivre un tel calvaire. Autant dire que m’inviter à prendre un verre en plein Covid à quelques jours d’un reconfinement était pour lui un exploit. Il avait pris sur lui. Depuis des mois, à part sa famille, il ne voyait personne tant il avait peur de se retrouver cloué au lit. Moi qui au contraire prenait tous les risques autant par inconscience que parce que jamais malade, je comprenais pour autant très bien son reflexe de préservation. Rester immobile me semblait un supplice insupportable.

J’avais fait la connaissance de ce lyonnais de naissance, quelques temps avant sa maladie. Responsable de l’événementiel dans l’entreprise de son père, nous avions eu l’occasion de nous croiser à plusieurs reprises dans des concerts dégustations. Nous avions maintenu un échange régulier tout au long de sa maladie et renforcé lors du dernier confinement.
Si j’étais ravi de le revoir, je me doutais un peu que braver sa phobie devait cacher quelque chose. Et en effet, après avoir abordé la situation dramatique du moment et divers sujets politiques, la conversation se recentra sur lui. Il se trouvait dans une situation multiplement paradoxale. D’abord, il fuyait tout contact jusqu’à ce que la crise me mette hors de danger. En même temps, il voulait se mettre en couple. Dilemme d’autant plus complexe qu’il ne voyait personne. Mais ce pouvait être un détail qui se diffère dans le temps. Le plus complexe est qu’il voulait aimer en vérité et se donner profondément, mais ne voulais surtout pas être aimé. Voilà une conception des plus ambivalente. Ne pas se laisser aimer, ne pas vouloir aimer, ne pas vouloir être aimer, tout cela s’entend souvent, même si les réalités qui se cachent derrière de telles affirmations sont souvent plus ambivalentes qu’elles ne veulent le laisser voir. Mais tenir à la foi le fait de vouloir aimer et se donner sans se laisser aimer et donc approcher tenait de l’oxymore. Je tentais de démêler ce nœud gordien par quelques questions auxquelles il répondit avec une adorable transparence. Il avait envie d’aimer, il sentait cela bouillonnant au fond de lui et ne craignait pas le risque de souffrir en cas de rupture ou de déception. A l’inverse ce qu’il ne voulait pas c’est que les gens s’attachent à lui. De prime abord je pensais que c’était pas soucis d’indépendance ou cette claustrophobie que certains ressentent à être attaché à quelqu’un ou encore la peur d’une moitié possessive. Mais en fait non. Il ne voulait pas que les gens s’attachent à lui pour ne pas souffrir d’une rupture. Et derrière cela se cachait en fait, l’inconsciente certitude que toute relation finit par se rompre et la volonté de pouvoir partir à tout moment sans blesser l’autre.

Je lui demandais s’il avait déjà été amoureux, ce à quoi il convint qu’il avait eu plusieurs de la passion, mais finalement jamais d’amour. Son expérience coïncidait donc logiquement avec son ressenti. La passion pour puissante qu’elle soit ne demeure que si elle est portée par l’amour, sans quoi, elle retombe et l’ennui lui succède. Dès lors, la rupture devient inévitable. Il prit conscience qu’en fait, dans ses relations de couple passionnelles, il avait eu beaucoup de joie à donner du plaisir et pas seulement physique, mais qu’il ne s’était jamais offert lui-même.

La véritable question, lui dis-je, me semble plutôt porter, non sur le fait de ne pas vouloir qu’on s’attache à lui, mais sur la restriction qu’il impose à son propre désir de don, car l’amour n’est autre qu’un don réciproque de soi et non d’effluves de soi qu’est souvent la passion sans enracinement profond. Le jour où il éprouverait le désir de se donner lui en vérité et totalement à quelqu’un, alors il éprouverait simultanément le désir que l’autre se donne également. Et l’attachement qu’il redoute ne serait pas une mainmise de l’un sur l’autre, mais deux bras qui s’étreignent.

Ne sachant trop si je rentrerai directement à Grenoble ou si je ferai étape, je le laissais méditer là-dessus et je pris congé assez tôt pour pouvoir être rentré avant le couvre-feu.

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Tout le trajet j’hésitais. Je n’avais aucune envie de rentrer tant j’aimais cette vie. Mais il faisait nuit déjà. J’avais prévu un repas froid à manger dans le Van de sorte que passer la nuit n’importe où quelle que fut l’heure était possible. De sympathique et à proximité je ne voyais que le lac d’Aigubelette ou Charavines. Mais on y annonçait de la pluie cette nuit et pas de soleil avant 9h le lendemain. Et j’avoue que retourner là où j’avais eu tant de beaux souvenirs avec Etienne me vrillait l’estomac. Mais plus encore, je sentais au fond de moi qu’il me fallait rentrer pour organiser un vrai départ et construire la suite.
Je regagnais donc mon appartement grenoblois sous la pluie où je retrouvai mon piano avec plaisir. Avec un verre de Gin acheté à Rouen pour une soirée nordique au cours de laquelle celui qui devait être mon si proche ami me découvrit sa passion du voyage, je laissais glisser mes doigts sur le piano avant d’aller me coucher.
Je dormi moins bien qu’avec Arthur mais j’allais pouvoir poser les bases nécessaires à la suite de mon périple.

A suivre

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