Le voyage de Lord Partner – Entre deux mondes – Confinement J-7

Sainte Anne d’Auray 25 octobre au matin – Fanfan et Didine baptisent Lord Partner ? Confinement saison 2 – J-7

Lire les jours précédents

La rencontre fut rapide. Karl sortait de sa séance de surf. Nous prîmes juste le temps de nous donner des nouvelles après deux ans sans contacts. Je me dirigeais donc vers midi trente à la pointe du Chevet où j’avais passé un merveilleux moment l’été dernier. Pour faire bonne mesure à ce souvenir je m’arrêtais au même poissonnier et commandais les mêmes gambas au feu de bois.

Arrivé sur place le vent fut tel que les 95km/h de rafale faillirent bien avoir raison de mes huîtres ! C’est donc le temps d’une photo souvenir et d’une balade décoiffante que je me résolu à ne pas passer la nuit ici. Je pris assez vite conscience que le matelot météo serait mon véritable timonier.

Le peu que dura mon déjeuner, je fus abordé par un couple d’une soixantaine d’année, plein d’humour. L’homme, Franck, dit Fanfan, me demanda si je n’avais pas besoin d’aide pour finir mes huitres avant la tempête. Je lui rétorquais que ce serait bien volontiers, mais qu’un verre de blanc les aiderait tout aussi bien à passer plus vite. « Ne bougez pas » reprit-il. Quelques minutes plus tard, ébouriffé, mais le sourire triomphant, il revint avec un petit muscat et des verres. Eclatant de rire, je les invitais à s’asseoir à la table de pique-nique dominant la baie. Emporté par leur enthousiasme autant que par les rafles, je leur ouvris également les gambas flambées. Ils ne firent que picorer. Ils avaient déjà déjeuner. Vadrouilleurs, eux aussi, ils avaient aménagé un van et remontaient la côte bretonne. Nadine venait de prendre sa retraite. Ils étaient libres tous les deux et s’offraient ainsi une seconde vie. L’un comme l’autre était aussi affables que joviaux. Ancien major de l’armée de terre, il ne tarissait pas d’anecdotes passionnantes sur ses « guerres ». Et malgré le froid, je serais volontiers resté l’écouter plus longuement. Les ayant mis dans la confidence de ma nouvelle itinérance, ils me laissèrent leurs coordonnées, me faisant leur promettre de passer chez eux dans le Sud-Ouest. Comme moi, ils étaient sur Park4night, cette application indispensable aux voyageurs escargots comme nous. Ce sont eux qui, dans un commentaire sur le site de la Pointe du chevet m’appelèrent pour la première fois Lord Partner. Ils n’en revenaient pas que quelqu’un de ma prestance disaient-ils se lancent dans une telle aventure. Mais ce qui les amusaient avec beaucoup d’affection c’était ma façon, même par grand vent de mettre les petits plats dans les grands. A dire vrai je misais sur mes « originalités » pour attirer l’attention et entrer en contact avec qui voudrait bien se laisser alpaguer. Si je me sentais mort au fond de moi et si je voulais disparaitre à ma vie, comme si cela m’anesthésiait de ma souffrance, je voulais aussi revivre par un autre biais. Je sentais intuitivement que c’est par la joie et l’originalité de nouvelles rencontres que peut-être je ressusciterais. Lorsque le vent eut raison de notre résistance, je les quittais remplis de leur propre joie de vivre et contaminé par leur sourire si franc et amical.

Je retournais à Saint Malo pour voir mon ami danseur Jérémie, mais la tempête annoncée et l’impossibilité de se poser dans un café pour cause de Covid m’ont décidé à faire faux bond à ce cher Jérémie pour gagner des contrées moins hostiles afin de pouvoir passer la nuit. Je voulais éviter un vent fort qui m’aurait empêché d’allumer le réchaud à gaz et la pluie violente qui aurait joué les calebasses sur le dos d’Arthur toute la nuit.
Rien ne me semblait acceptable dans un rayon raisonnable. Je tentais Quiberon, mais à quelques kilomètres la tempête déjà menaçante et la pluie battante me convainquirent, un peu à reculons, mais plein d’amitié, à passer la nuit à l’auberge de Sainte Anne d’Auray où la soirée fut fidèle à mes délicieux souvenirs d’habitués. Pour autant cette étape jurait trop avec mon nouveau style de voyage quelque fut la joie de me retrouver avec des amis.
Je ne dormis pas si bien que la veille malgré un lit douillet. J’avais trop bu et trop mangé. Depuis plusieurs semaines, je n’avais plus guère d’appétit et me contentais le soir d’apéritifs dînatoires, je dois bien l’avouer, mélancoliques.

Au matin, le soleil semblait vouloir pointer son nez. Je me décidais alors à repousser mon retour sur Grenoble pour une escale sur la côte sauvage qui des années durant m’avait servi de promenade dominicale.

Commentaires

commentaire