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Découvrir la Maison de Pierre Corneille

Découvrir la Maison de Pierre Corneille

C’est vrai, il faut savoir ! Savoir quelle est là, discrète et intégrée au paysage urbain « presque » comme elle dût l’être au temps des Corneille, maison de notables parmi les autres. « Presque » car la double maison de cette famille de robe n’a cessé d’évoluer depuis son acquisition en 1585 par le grand-père des deux frères, Pierre et Thomas. Prendre le temps de franchir le pas de la porte de la petite maison est, pour le visiteur, une plongée tout à la fois dans l’histoire d’un homme, d’une famille, mais aussi d’une ville et d’un quartier. Qui se serait intéressé à cette maison tellement semblable à ses contemporaines, si elle n’avait vu naître et vivre, plus de 56 ans, l’un des maîtres les plus brillants et pourtant les plus discrets de notre littérature ? En voulant rendre hommage aux frères Corneille, cette maison se révèle être une invitation au voyage dans l’histoire de ce petit quartier, à l’écart et si peu passant de nos jours. Prodigieuses imbrications du réel, si lointain soit-il, une plongée dans l’intime de cette maison de rue nous conduit, par les ramifications d’un quotidien bien vivant, dans les ruelles de l’histoire d’une ville, d’un pays et d’une famille. Comme le fil d’Ariane, dérouler le temps de cette maison normande ouvre au visiteur attentif le labyrinthe de vies qui tissent les grandes heures de l’Histoire du dédale intime d’un ordinaire banal, finalement pas si éloigné du nôtre. Construites bien avant que la famille Corneille ne s’installe à Rouen, où petit à petit elle assît son statut de notable, jusqu’à l’anoblissement en 1637, les deux maisons attenantes de la rue de la Pie sortent de l’ombre à la lumière d’une famille d’exception. Achetées le plus ordinairement du monde, elles furent le lieu de la naissance des enfants jusqu’au départ des frères Corneille pour Paris. Pierre naquit dans la petite maison dont il hérita et Thomas dans la grande qu’il reçut en partage. Très unis, les deux frères déménagèrent ensemble pour mener leur carrière à la capitale en 1662. L’ainé vendit sa maison en 1683. Comme celle de son frère, elle retomba dans l’anonymat. En 1755, la ville achète la petite maison pour en faire un hôtel de ville, mais le projet sera abandonné, tandis que la grande maison est modifiée pour les travaux et le percement de la rue qui deviendra la rue Thomas Corneille. La petite maison est alors revendue à un serrurier qui y installe un atelier. En 1856, afin de réaliser l’alignement du plan de la rue, la façade est reculée d’1 m.83. Puis elle devient un débit de boissons et sert à la location de chambres et d’appartements jusqu’en 1912 où elle est rachetée par un comité créé spécialement. Elle servira de foyer du soldat pendant la Grande Guerre, pour être enfin inaugurée et ouverte à la visite en 1921.
Il n’est pas impossible que la circulaire de Bonaparte demandant de retrouver les maisons natales des grands hommes n’ait contribué à tirer de l’oubli nombre de maisons simples et anonymes, offrant au touriste du XXIe siècle cette plongée dans l’histoire, en forme d’immersion dans le quotidien d’un temps qu’ainsi, peut-être, nous comprenons mieux. Dans cette maison, Corneille l’ainé naquit et vécut. Il y prit ses repas (sur des tables semblables à celles exposées), sans doute y exerça-t-il son activité d’avocat, assurément il y trouva l’inspiration de certains grands succès. Grand homme de France et simple Rouennais attaché à la Normandie, dont deux filles entrèrent dans des congrégations religieuses de la ville. Il ne lui fallait sans doute pas trois minutes pour se rendre à l’église sur la place, dont une maquette nous donne une idée de ce qu’elle était en 1525. Par où passait-il pour aller occuper son éphémère charge de Procureur ? Par la rue sur laquelle débouche sa petite ruelle et qui aujourd’hui porte le nom célèbre de son neveu Fontenelle ? Une famille, un quartier, un musée et une splendide bibliothèque cornélienne, voici, parmi d’autres découvertes insolites, le voyage dans lequel cette vieille bâtisse trop oubliée des Rouennais, nous entraîne, rue de la Pie.

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A propos de Charles Montmasson

Docteur en histoire, Charles Montmasson est un médiéviste passionné, spécialiste des XIII-XVèmes siècles et de la Normandie ducale