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Britannicus à la Comédie Française – Quelques clefs de lectures par Cyrano.net

Britannicus à la Comédie Française – Quelques clefs de lectures par Cyrano.net


La Comédie française s’apprête à redonner sa deuxième plus grande production de Jean Racine, après Andromaque. Britannicus sera ainsi bientôt sur les rive de Seine, au Kinépolis de Rouen, pour plusieurs rediffusions d’une nouvelle mise en scène de la troupe des comédiens de la salle Richelieu.

Les 1768 alexandrins du tragédien s’enracinent très fidèlement dans l’œuvre de l’historien Tacite, une des deux premières sources, avec Suétone, à évoquer la mort du jeune Britannicus. Pour autant, si le drame historique, qui sert de prétexte à la pièce, se conforme aux auteurs anciens, la réalité historique peut, par certains côtés, être tout autre. Tacite, comme Suétone brossent un tableau probablement noirci de Néron et de sa mère. Indéniables assassins, il n’est pas si évident que le jeune empereur ait empoisonné son demi-frère adoptif. Les personnages mis en scène par Racine sont tous des protagonistes réels de ce début de règne et la personnalité que l’auteur leur prête semble assez fidèle, quoique les auteurs antiques ne se soient pas véritablement intéressés aux traits psychologiques des protagonistes. Racine utilise, selon la mode du temps, une page d’histoire pour mettre en scène un drame privé, comme il tient à le souligner lui-même. Ainsi, à la différence de Tacite, le poète du Roi Soleil, tout en mêlant intrigues politique et amoureuse, entend souligner davantage la seconde. C’est du reste le cœur de la pièce. Unité de temps, de lieu et d’action, Racine réécrit la dernière journée de l’adolescent impérial, dépossédé du trône de son père Claude, par la machiavélique Agrippine, au profit de celui qui, de vertueux élève de Sénèque et Burrhus, basculera, cette nuit-là, dans la tyrannie qui le conduira au suicide.

Bien que donnant le titre à la pièce, Britannicus n’est qu’un second rôle, pourtant omniprésent. Il est à la fois l’innocent, l’amoureux fidèle et sans duplicité, la victime collatérale de l’amour incontrôlé de Néron et de l’ambition de sa mère. Il est, au fond, le révélateur du pire. Négatif parfait de Néron, comme Julia sa fiancée peut l’être d’Agrippine, sa discrète présence, passionnément amoureuse et bonne, ne fait que souligner les ombres de la personnalité sombre et torturée de l’empereur, centre réel de l’intrigue. Bien plus que le scénario écrit d’avance de la mort tragique d’un jeune homme de 13 ans, l’argument de la pièce tient dans le basculement de la vertu à la folie. Ce que Racine nous décrit est le combat de n’importe quel Homme contre ses démons, ici représentés par Narcisse, le bien nommé et pourtant seul personnage historique, qui ne pouvait être présent, étant déjà mort à cette date. Racine l’utilise pourtant pour ce qu’il a été, un manipulateur, cause du destin tragique de Britannicus, soufflant sur les peurs et les vices des empereurs pour parvenir à ses fins. En face, Burrhus, voix du sage, a pu contenir cinq années durant le fragile Néron dans la voix de la vertu. Mais tout bascule ce soir-là quand l’adolescent empereur fait voler en éclat la main vertueuse qui le tenait comme un carcan, là où une âme de bonté coulait dans les veines de Britannicus.

Ainsi, Jean Racine, tirant les leçons lointaines d’un empereur d’abord aimé puis détesté et déposé, peint sous nos yeux les deux voix de la vertu, comme les deux chemins de la passion. L’une tenue par la force du poignet qu’un jour les flots de la passion submergent. L’autre faisant corps de tout son être, comme un vêtement confectionné sur mesure, donnant au cœur une liberté que ne peut connaître l’esprit jaloux et torturé. Tel est, finalement, ce que reconnaît le Néron de Racine, consumé d’envie tant pour Junie que pour le bonheur simple et pur de Britannicus.

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