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Verdun, cent ans après

Verdun, cent ans après

Un aigle noir a plané sur la ville, il a juré d’être victorieux,
De tous côtés, les corbeaux se faufilent
 dans les sillons et dans les chemins creux.

Ce martial couplet, aujourd’hui encore chanté par nos militaires, nous peint ce que fut Verdun lors de la Grande Guerre : une ville, une invasion d’un ennemi prédateur, la résistance, l’amour de la terre, la victoire. Un siècle plus tard, que reste-t-il dans la mémoire collective de ce formidable morceau d’héroïsme militaire que fut la bataille de Verdun ?

Aujourd’hui que notre pays est officiellement en paix, malgré un ennemi terroriste qui se rit des frontières, ou de ce qu’il en reste ; que la réconciliation avec l’Allemagne est consommée, en dépit d’un moteur franco-allemand au point mort ; que peut signifier encore cette page de gloire de notre Histoire ?

Car il s’agit bien d’une page de gloire : les soldats français, sacrifiant leur jeunesse, résistèrent pendant dix mois à l’offensive allemande, lancée le 21 février 1916. Grâce à la logistique, à l’évolution des doctrines d’emploi, à l’artillerie, les Français repoussent les Allemands dans ce qui restera, avant l’entrée en guerre des Etats-Unis l’année suivante, comme le premier tournant de la guerre. Cette bataille de tranchées a porté à son paroxysme la violence industrielle, et la guerre totale : on dénombre trois cent mille morts de février à décembre 1916, et plus de quatre cent mille blessés. Pour l’armée française, le roulement des régiments, stratégie complètement différente à celle adoptée par le commandement allemand ; cette fameuse rotation des troupes imaginée par le maréchal Pétain le long de la Voie sacrée, aura conduit les trois quarts de nos militaires à être impliqués dans cet enfer.

Verdun porte aujourd’hui les stigmates du combat qui l’a rendue célèbre. Des villages enfouis sous les bombes, qui n’ont plus d’habitants mais dont d’honorifiques maires honorent religieusement le souvenir lors des cérémonies de commémoration. Le fort de Douaumont, où 6 000 soldats allemands se sacrifièrent dans une défense désespérée, et sa nécropole qu’on ne peut visiter sans un frisson d’effroi et de fierté. Le mémorial « aux Enfants de Verdun ». La voie sacrée où les bornes kilométriques coiffées d’un casque de poilu séparent la route bitumée des champs de colza, recouvrant de leur vert manteau cette boucherie d’un autre siècle… La France a mis tout son cœur, toutes ses forces, et laissé une partie de sa jeunesse à Verdun. Comme l’analyse avec justesse Gerd Krumeich, professeur émérite à l’université de Düsseldorf, « Verdun est toujours quelque chose dont on souffre un peu. Dans chaque famille française ou presque, quelqu’un a participé à cette bataille ou y a perdu la vie ».

Verdun 1

Verdun reste donc dans nos mémoires, pour au moins une raison. Aujourd’hui plus que jamais, dans une France et une Europe où s’étiole un patriotisme jugé dépassé, à une époque où notre unité nationale est mise à l’épreuve par des attaques venues de l’intérieur, Verdun la victorieuse doit rester le ciment d’espoir qui lie des générations de Français. Verdun n’est certes pas la seule bataille dont notre pays est sorti victorieux, mais doit rester ce lien mémoriel entre la nation et son histoire. Une nation fière de son histoire.
Une leçon majeure de Verdun a bien été apprise : c’est celle de la criminelle vanité de confronter les nationalismes exacerbés. La France et l’Allemagne, réconciliées, continuent, en célébrant des commémorations communes tout au long de cette année 2016, de partager le poids commun de cette expérience. Une autre leçon, non moins importante et sur laquelle ne s’attardent pas les censeurs de notre histoire, serait encore l’espérance.
L’espérance d’une nation unie autour d’un souvenir commun, non pas celui, sans cesse ressassé, des « fusillés pour l’exemple », mais celui de conscrits de toutes origines « retournés vers la première terre et la première argile », résolus à défendre chaque pouce de leur terre.

L’espérance d’une solution pacifique aux conflits, non dans un pacifisme béat, mais dans le respect des racines spirituelles des peuples, d’une lucide clairvoyance primant sur toute idéologie, dans le règlement des crises modernes.

L’espérance de la transmission d’une mémoire commune entre Français, entre cette « génération du feu », ceux que Péguy louait : « Heureux ceux qui sont morts pour leur hâte et leur feu, et les pauvres honneurs des maisons paternelles » et la nôtre qui, qui bien que n’ayant pas connu leur pays en guerre, doivent garder en mémoire ce sacrifice suprême comme un devoir. Le plus grave, le plus beau.

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