Naissance de l’écriture dans des sociétés complexes

    Des systèmes d’écriture se sont formés dans plusieurs régions : Mésopotamie et vallée du Nil, qui n’entretenaient pas alors de relations entre elles et qui avaient atteint un haut degré de complexité issue d’un long processus d’élaboration.

    Pour l’Asie antérieure, le pays de Sumer (Basse-Mésopotamie) a été le cœur intellectuel d’une civilisation fondée sur une agriculture évoluée grâce à la maîtrise de l’eau et à des techniques d’irrigation élaborées petit à petit depuis le VIe millénaire, permettant de faire vivre des populations plus nombreuses, le développement de l’architecture et de villes proprement dites. Vers 4000 av. J.-C., les habitants du sud de la Mésopotamie acquièrent leur identité historique de Sumériens et intègrent leurs voisins de la plaine de Suse : Uruk et Suse deviennent les premiers états dignes de ce nom. Une comptabilité devient indispensable pour gérer les richesses, fruits d’une agriculture intensive : agriculture céréalière et élevage de petit bétail important, dans le cadre d’un système centralisé de production et de redistribution. Cette comptabilité semble avoir entraîné la création d’un système d’écriture pictographique déjà abstrait à Uruk vers 3300.

    ecriture-cursive-hieratique

    Parallèlement en Egypte, à la fin du IVe millénaire, la vallée du Nil est le lieu d’un état politique monarchique par l’union de la Haute et de la Basse-Egypte, dirigé par un souverain qui a le titre d’Horus et porte le pschent, la double couronne, blanche pour la Haute-Egypte, rouge pour la Basse-Egypte, et dont la capitale est Memphis. Vers 3200-3100, l’Etat se dote d’un système d’écriture qui véhicule l’idéologie religieuse très forte qui structure et sous-tend le système politique : le pharaon est le représentant sur terre du dieu « Horus du Double-horizon », son fils, son incarnation, sa manifestation. Par la suite on constate l’usage administratif et économique de l’écriture et le rôle éminent de ceux qui la maîtrisent : les scribes. Au milieu du IIIe millénaire, les Egyptiens édifient pour les souverains des tombeaux colossaux, les pyramides ; ceux de la Ve dynastie font couvrir les murs intérieurs de la chambre funéraire de leur pyramide, désormais de dimensions plus modestes, de textes qui ont pour fonction d’assurer leur survie dans l’au-delà ; depuis quelque années on a découvert que les pyramides des reines, plus petites, comportaient, elles aussi, ces textes.

    Écriture cursive  extrait du Livre des Morts
    Écriture cursive
    extrait du Livre des Morts

    Des systèmes d’écriture apparaissent plus tardivement dans le monde minoen : Crète, îles, Grèce continentale, qui connaît, au début du IIe millénaire un système politique palatial centralisé : le palais crétois ou mycénien est le centre du pouvoir tant économique que politique d’une petite région. Les Crétois, par la maîtrise de la mer, développent une thalassocratie sur les îles du sud de la mer Egée ainsi que sur le Péloponnèse. En Crète, à la fin du IIIe millénaire seulement, est attestée dans les palais de Cnossos et Mallia une écriture dite « hiéroglyphique » qui paraît avoir un usage administratif. Elle transcrit une langue qui n’est pas du grec et disparaît vers le 1700 av. J.-C.

    Dans tous les cas, l’évolution des systèmes d’écriture est liée à celle de l’ensemble de la civilisation considérée, aux mouvements de peuples, aux rapports de force et à l’évolution politique, à l’introduction de langues différentes dans certains cas, mettant à l’épreuve la capacité d’adaptation du système, tandis que dans la monde égyptien la permanence de la langue est une donnée qui s’est maintenue jusqu’à la fin de l’Antiquité, en dépit de l’introduction du grec et du latin. Par ailleurs des systèmes d’écriture ont disparu n’étant plus utilisé : certaines régions ont pu perdre toute écriture durant plusieurs siècles et éventuellement adopter ensuite un autre système de signes, ce fut le cas en Grèce.

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.