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Moïse ou la révolution monothéiste – Partie III – Une histoire sainte

Moïse ou la révolution monothéiste – Partie III – Une histoire sainte

Épilogue de notre triptyque sur l’invention du monothéisme par Moïse, après le contexte historique et la radicalité de cette révolution, voici l’histoire « sainte » qui en découle.

IV- Une histoire sainte

Moïse, qui est donc le pivot de cette histoire, se situe au XIIIème siècle. Abraham fondateur réel mais entouré de légende, constitue la 1ère Alliance assortie d’une double promesse : une innombrable descendance et la terre promise au pays de Canaan. Depuis, les Hébreux sont un peuple d’errants, de nomades. Le patriarche, père d’Isaac et d’Ismaël donne deux branches sémites qui se recroiseront plus tard, entre juifs et musulmans.

Bien entendu, à partir de ce pivot mosaïque, nous assistons à une reconstitution et relecture de l’histoire de la tribu d’Abraham à la lecture de la révélation de Moïse. Cela ne veut pas forcément dire invention, mais compréhension différente d’une histoire, banale et chahutée, devenue sainte par élection divine.

Les Hébreux réapparaissent lors de leur passage en Egypte, suite à une famine en Palestine. Une partie d’entre eux, issus d’Abraham est restée sur place. La situation de ceux qui sont partis dans la fertile Egypte s’est tellement dégradée qu’un fort désir de sortir d’Egypte monte du peuple asservi et non strictement esclave. C’est un désir politique et non religieux.

Moïse, lui, revient du désert avec un projet politique et un projet religieux : la sortie d’Egypte pour la terre promise (qui sera la conséquence de l’obéissance à Dieu. C’est pour ça que Moïse n’y entre pas, lui qui avait désobéi aux eaux de Mériba). Mais surtout la revendication de Moïse à Pharaon, elle, est religieuse : rendre un culte à Dieu, Yahvé, le plus grand des dieux (nous sommes là encore dans l’hénothéisme).
Viendra ensuite l’Exode et la purification des quarante ans (liés toujours à la désobéissance) puis enfin, la Terre Promise, le pays de Canaan occupé par des sédentaires, dont le reste de la descendance d’Abraham restée sur place avant l’épisode égyptien. Cette prise militaire du pays promis coïncide, alors, avec la sédentarisation et la constitution progressive du royaume d’Israël, avec ses bons et mauvais souverains, conduisant à l’Exil.
Les Hébreux entrent dans une terre déjà habitée et pour partie par des membres de leur propre lignage. Mais ce sont des sédentaires, installés, qui vivent selon un système religieux polythéiste anthropomorphique. C’est bien pourquoi Yahvé veut une extermination totale de ces croyances. C’est donc dans un pays de cités, organisé et hiérarchisé de façon sédentaire, que les Hébreux arrivent. Ils vont pour ainsi dire chausser les bottes de leurs prédécesseurs, habiter leurs villes, se mêler à eux et peu à peu, oublier ou délaisser Yahvé et l’Alliance, provoquant, de maux en maux, l’invasion assyrienne ( après une première période de vassalité plutôt prospère pour le pays) par Salmanasar V et vers 725 l’Exil d’un cinquième du peuple d’Israël. Cette violence que Dieu fait à son peuple est la conséquence de son refus d’obéir aux lois divines. Mais elle marque aussi un pas dans l’avancée vers le monothéisme : Yahvé n’est pas l’unique Dieu tribal, Il commande aussi aux autres peuples. La Puissance divine, dont les Assyriens sont la main, est universelle : Dieu est bien unique, il commande même aux autres nations. Les prédictions annoncées par les prophètes à ce peuple à la nuque raide se sont accomplies. Dieu a appelé les Nations pour châtier son peuple parjure. C’était là la preuve de sa puissance absolue et de son unicité. C’est en tout cas ainsi qu’Israël interpréta sa propre histoire. De même, le retour d’exil en 539 est la marque de Dieu dont la miséricorde passe par Cyrus.

Au retour d’Exil deux options se dessinent dans le texte biblique.

Celle portée par le second Isaïe, d’un universalisme d’Israël chargé d’apporter aux Nations ce Dieu unique. (Finalement ce seront les chrétiens qui reprendront ce thème). Et celle portée par le prêtre Ezéchias d’une exclusivité d’Israël et de son Dieu et ainsi d’un repli sur soi. C’est cette option qui sera retenue ouvrant une nouvelle ère, celle du judaïsme, religion de la loi (Torah).

Petit royaume au milieu de grandes puissances (Assyrie, Egypte, Perses, Phéniciens…), on retient, dans la suite de son histoire sainte, l’éternel balancement entre Yahvé et les baals de tous temps, dont le martyre des Macchabé est un des nombreux épisodes et qui verra finalement l’effondrement du Royaume devenu province de Judée avec Rome au moment où le temple sera détruit et où naîtra le christianisme.

Conclusion

Les Hébreux sont des araméens, mais ne sont pas tous les araméens qui ont, eux, petit à petit dominé toute la Mésopotamie, jusqu’à remplacer totalement les sumériens qui les précédaient. Ils descendent d’Eber ancêtre d’Abram et ainsi voyons-nous Jacob retourner se marier au pays chez son oncle.

Ce sont avant tout des nomades, avec tout ce que cela suppose de tradition, de mode de vie. C’est un exemple typique d’un peuple nomade. Sa seule distinction, à partir de Moïse, c’est d’être menée directement par Dieu et, dès Abraham, d’avoir été mis en route par sa volonté. Mais cet épisode est sans doute très lointain dans les consciences des descendants du patriarche, si tant est qu’elle soit historique et non étiologique.

Petit peuple au milieu des grands, il subira les influences extérieures de façon permanente et notamment celle des Baal. Cette influence, en forme de tentation permanente, sera comme la condition nécessaire pour le peuple hébreu de manifester sa fidélité à ce Dieu unique. Ses infidélités seront ainsi, pour les prophètes, les clefs de lecture de toute l’histoire de ce peuple dont le destin a véritablement basculé avec le retour de Moïse du désert de Madian et du Sinaï, même si le Sinaï qu’on nous présente aujourd’hui n’est sans doute pas celui du Face à face.

Bien entendu, la Bible met en lumière bien d’autres aspects et du peuple Hébreu et de Yahvé. On ne saurait tout dire en si peu de pages, même en ne nous limitant qu’aux aspects historiques qui sont l’objet de ces lignes. Mais, remis dans le contexte que nous qualifions, nous, depuis Philon d’Alexandrie, de polythéiste, la nouveauté saillante du monothéisme tient bien à cette double rupture apportée par Moïse sur la double question du mal et de la justice d’une part et sur l’anthropomorphisme et l’unicité de Dieu. Deux ruptures qui découlent toutes deux du nom même révélé à Moïse : EST, Yahvé. Telle est du strict point de vue historique la révolution monothéiste qui s’ouvre avec Moïse entre 1280 et 1250 avant Jésus-Christ.

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).