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Moïse ou la révolution monothéiste – Partie II – Yahvé, un nom qui change tout
'Moses and the Tables of the Law' Cosimo Rosselli 1481/82

Moïse ou la révolution monothéiste – Partie II – Yahvé, un nom qui change tout

Après avoir vu sur quelles sources nous pouvions nous fonder pour aborder cette question et son contexte historique, abordons à présent cette révolution monothéiste.

II- La révolution monothéiste

C’est un monothéisme progressif qui se met en place, après avoir d’abord été un hénothéisme, c’est à dire, un Dieu préférentiel au milieu d’autres dieux.

C’est une nouveauté inouïe et radicale de Moïse « inventeur » du monothéisme : une révolution considérable et unique au monde. Partout ailleurs et jusque-là (même l’épisode, lui aussi hénothéiste d’Akhenaton en Egypte ou de Zoroastre), la religion reposait sur le couple anthropomorphisme et polythéisme. Moïse pose un Dieu unique et irreprésentable, signant ainsi sa transcendance absolue. D’où un culte éthique et une religion éminemment morale. Le sacrifice qui plait à Dieu, dit le psaume 50, c’est un esprit brisé. La finalité de cette morale (toute morale est chemin vers une finalité) c’est l’obéissance absolue à la volonté divine.

La nouveauté monothéiste de Moïse va trancher sur les deux grandes questions qui traversent les religions antiques : le mal et la justice.

Le mal c’est en fait : pourquoi le mal ? Jusque-là, sous diverses formes, les hommes y voyaient le caprice des dieux. Une sorte de fatum : c’est ainsi attendons que ça passe, ou apaisons les dieux, selon les systèmes religieux.

Avec Moïse, c’est la volonté absolue de Dieu qui n’a rien en commun avec les hommes. Dieu n’a pas à se justifier, il est la loi parce qu’il est (voir plus loin). Les autres dieux ont besoin des hommes, ce qui n’est pas le cas de Yahvé. Il est absolu, transcendant, omnipotent.

La justice pose la question de la rétribution du bien
(et donc de quel bien). La rétribution peut être matérielle, humaine en ce monde. L’homme est comblé parce que juste et béni des dieux. Mais ce peut aussi être une rétribution spirituelle dans l’autre monde, comme pour l’Egypte avec Maat. Mais la justice est à deux niveaux : la justice d’un peuple et de ce fait, elle suppose la solidarité dans la rétribution ou le châtiment. C’est le cas de l’Egypte et de la Maat, dont le roi est responsable, mais aussi du destin des peuples, liés à la justice de leur souverain qui garde ou perd la faveur des dieux. Qu’on pense à la chute de Lugalzagesi au profit de Sargon.

Plus tard en Egypte (après la chute de l’Ancien Empire) viendra l’idée de justice personnelle ou chacun est personnellement responsable et non plus seulement le roi. Cette notion viendra plus tardivement chez les Hébreux, au moment de l’Exil à Babylone face à la déroute du royaume. C’est le prophète Jérémie qui sera l’instigateur de ce tournant.

La rétribution du juste en Israël est celle de celui qui accomplit la volonté de Yahvé (et réciproquement pour le châtiment). Du reste, en hébreux, rétablir la justice se dit venger. Or dans la Bible, le verbe venger à toujours Dieu pour sujet et jamais personne d’autre.

Voici donc les contours de ce monothéisme, « invention » unique au monde. Les grecs poseront bien un dieu unique, mais ce sera un dieu de philosophes, comme le premier moteur immobile d’Aristote et il faut attendre le Vème et IIIème siècle avant notre ère pour cela.

III- Yahvé

Tout ce monothéisme découle de ce que Moïse rapporte de son refuge à Madian. Moïse, un Hébreux adopté par Pharaon, est pétri de polythéisme et de cette double culture sémito-mésopotamienne et égyptienne. C’est un homme de son temps qui revient du désert avec une nouveauté qu’il n’a pu puiser nulle part qu’en lui-même. Que ce soit dans sa propre réflexion ou dans une révélation, il revient avec une chose neuve et impensable dont l’historien comme l’archéologue ne trouvent aucune trace nulle part ailleurs : le nom de Dieu. Dans ces cultures, le nom n’est pas le simple choix qui plait aux parents. Le nom dit la personne. Ce nom, que nous avons petit à petit conservé comme Yahvé, signifie en fait : celui qui est, le présent qui existe et agit. C’est une 3ème personne du singulier de « être ». Nouveauté absolue : ce Dieu est donc sans commencement ni fin. Il est éternel et non immortel, comme tous les autres dieux. Par force, il est spirituel et donc, autre révolution, sans besoins matériels. Voilà pourquoi Moïse est intransigeant : Ni image du Dieu, ni offrande au Dieu.

Il est donc ! Il est origine de tout, c’est-à-dire créateur, tout puissant et cette puissance va se démontrer dans toute l’histoire d’Israël.

A suivre, Une histoire sainte

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).