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Moïse ou la révolution monothéiste – Partie I- Les hébreux, émergence d’un peuple et son Dieu
Extrait du tableau « Moise devant le buisson ardent », Jean Tassel 1608-1663 (Avec l’aimable autorisation du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris © Novembre 2015 Haïm Ouizemann)

Moïse ou la révolution monothéiste – Partie I- Les hébreux, émergence d’un peuple et son Dieu

L’histoire du peuple hébreu est réellement celle d’un Dieu et de son peuple. C’est un caryotype incontournable, sans lequel, il n’y a pas de peuple hébreu.

Quelles sont nos sources pour évoquer cette histoire à la fois unique et rocambolesque ? L’archéologie bien entendu, mais aussi l’histoire des peuples voisins qui soit ont affaire avec les Hébreux, soit témoignent de situations similaires, ou nous apprennent le contexte dans lequel ce peuple, parmi d’autres de la Mésopotamie puis de Palestine, évolua.

Mais le fond demeure la Bible, cette bibliothèque (ta biblia en grec) de livres écrits sur plusieurs siècles, essentiellement en hébreu, puis quelques rares passages en araméen et enfin traduite en grec, quel que soit le prix que l’on donne à la tradition des Septante.

Plusieurs siècles et donc plusieurs styles, propres à chaque époque, parmi lesquels de très beaux poèmes, des chroniques historiques, des textes de lois ou des prophéties.

On y trouve comme une compilation de diverses traditions qui ont été fondues pieusement aux fils des âges. Le linguiste peut globalement retrouver les trames des diverses traditions sans pourtant toujours en voir les claires césures. Ce sont en tout cas des traditions orales (dont on sait la force de la fidélité – et donc la fiabilité – dans ces civilisations) qui peuvent être traversées de détails divergents, mais qui disent tous un même fond : Yahvé est le Dieu unique et il a contracté une alliance (forme d’adoption dans la Mésopotamie antique) très précise avec son peuple. Cela a une multitude de conséquences pour le quotidien des Hébreux et dans l’histoire même du peuple. C’en est même la clef de lecture, que l’on soit croyant ou non.
Globalement on peut repérer quatre périodes dans la rédaction des textes bibliques (en nous limitant au seul Ancien Testament, le nouveau ne concernant pas l’histoire du peuple d’Israël)

• Au IXème siècle, le récit Yahviste, ainsi nommé car l’auteur emploie massivement le nom de Yahvé ;
• Au VIIIème siècle le récit Elohiste (du mot Elohim très largement utilisé) ;
• Au VIIème siècle le récit deutéronomiste ;
• Et au retour d’exil (-539) le Code sacerdotal.

Les Hébreux sont un peuple sémite aux traditions sémites. Ils ont un donc un fond commun, puisé dans la culture mésopotamienne et sémitique. D’où de forts emprunts aux récits qui ont cours en Mésopotamie, comme l’épopée de Gilgamesh et le déluge, ou la tradition babylonienne du Supersage et du déluge ou encore le Poème de la Création. Ces récits ont été mis par écrit avant le texte biblique, mais cela ne signifie pas que le peuple hébreu n’en était pas imprégné bien avant la rédaction des textes de la Genèse, puisqu’il était, comme les autres, immergé dans ce fond culturel commun. En tout cas, il y a clairement une mémoire collective du déluge, quels qu’en soient les détails divergents et les interprétations qui en sont tirées par les uns ou par les autres : les hommes ont déplu aux dieux et ont été châtiés par le déluge dont un homme rescapé a permis de sauver le genre humain.
Il n’est pas impossible que lors du long passage des Hébreux en Egypte, Maat et la conception de la justice aient imprégné la conception que Moïse retira de la justice.

La Bible parle donc de l’histoire d’un Dieu et son peuple. Pour l’historien c’est tout à la fois une source historique, une source spirituelle et une source théologique selon l’angle d’approche historico-critique qu’il veut aborder.


I- Israël, le peuple de Yahvé, c’est son caryotype.

Le pivot de cette histoire est Moïse, personnage historique, mais entouré de « légendes ». Sa naissance n’est pas sans rappeler celle du roi Sargon, lui aussi sauvé des eaux. Ce n’est rien d’autre qu’une manière très antique de plonger dans le surnaturel la vie exceptionnelle d’un homme au destin non moins exceptionnel.
Autant qu’on puisse le dater, il aurait vécu entre 1280 et 1250.

– Avant lui, l’histoire des hébreux s’étend d’Abraham à l’Egypte
– Après lui, c’est le temps de la sédentarisation et du quotidien, des rois et des prophètes

Abraham (courant XIXème siècle) part d’Ur en Chaldée, à la demande de ce Dieu particulier, au milieu d’autres divinités. Il lui fait confiance et inaugure ainsi l’histoire des Hébreux qui, selon la volonté de ce Dieu encore inconnu, erra jusqu’en terre promise avant de devoir (pour une partie d’entre eux) trouver refuge dans la fertile Egypte à cause de la famine, à une date incertaine, mais dont la fourchette la plus plausible correspond aux dynasties Hyksôs (1) (XVe et XVIème dynasties) soit entre 1674 et 1548. L’historicité d’Abram, devenu Abraham après sa rencontre avec son Dieu, est plus que probable, les tribus nomades gardant assez pieusement la mémoire de leurs ancêtres et particulièrement de leur patriarche fondateur. En outre, les détails historiques se recoupent avec d’autres sources (2).

Après Moïse, viendront les Juges puis les rois, depuis Saül d’abord et la dynastie davidique ensuite. Les heurs et malheurs du peuple d’Israël suivront, de près, son comportement vis-à-vis de ce Dieu désormais unique et jaloux.

A suivre La révolution monothéiste

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1-Voir à ce sujet sur ce lien
2-Voir notamment Jean Bottéro, la plus belle histoire de Dieu, ed du Seuil, 1997 p.19 sq.

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).