Loin des clichés anachroniques, un dossier sur les croisades: La fondation du royaume de Jérusalem (2/7)

Godefroy de Bouillon :

Après avoir pris Jérusalem à la tête de l’armée croisée, le duc Godefroy de Bouillon refusa le titre de Roi de Jérusalem (car il n’y avait pour lui de roi de Jérusalem que Jésus-Christ) et se donna le titre plus modeste d’Avoué du Saint-Sépulcre. Afin défendre la ville, Godefroy crée l’Ordre du Saint-Sépulcre, ordre religieux et militaire dont le symbole est une croix rouge, cantonnée elle-même de 4 autres croix rouges.

Les croisades sont l’occasion, pour certains, de recevoir une récompense à la mesure de leur courage : « Tel qui, en Europe, ne possédait pas un village, écrit Foucher de Chartres, se voit en Orient, seigneur d’une ville entière.». En conséquence, ceux des soldats francs qui ont fait le choix de rester, «transformés en habitants de l’orient», «ont déjà pris pour femme une syrienne, une arménienne ou même une sarrasine convertie». «Le colon est devenu un indigène, l’immigré s’assimile à l’habitant» écrit-il encore.

Citons en exemple Tancrède, qui se fait représenter enturbanné, en costume byzantin et avec le titre d’émir sur les pièces de monnaie de sa principauté de Galilée.

Mais Godefroy de Bouillon meurt très rapidement, en 1100, un an presque jour pour jour après la prise de Jérusalem. Il laisse le royaume à son frère, Baudouin de Boulogne.

Baudouin Ier :

Moins saint que son frère aîné (il avait déserté la croisade pour conserver son comté d’Édesse et sera, à un moment de son règne, en situation de bigamie), Baudouin de Boulogne n’en n’a pas moins la sagesse de se faire couronner Roi de Jérusalem. Après avoir mené pas moins de cinq batailles dans la région de Ramla et de Jaffa (aujourd’hui « Tel-Aviv »), Baudouin consacre entièrement son règne à l’affirmation de cette royauté.

Baudouin Ier à la bataille de Jaffa en 1102

Cela passe tout d’abord par la conquête du littoral :  à l’exception de Tyr, Baudouin s’empare en l’espace de 10 ans de tous les ports de la côte syro-Palestinienne (Saint Jean d’Acre, Beyrouth, Césarée et Tripoli, après la mort du très pieux Raymond de Toulouse…), le plus souvent avec l’aide de flottes italiennes (génoises ou pisanes). Les francs s’ouvrent ainsi un accès à la mer permettant l’arrivée de nouveaux pèlerins, avertis du succès du premier pèlerinage armé.

Dès 1108, le comte d’Édesse, cousin du Roi, prénommé lui aussi Baudouin, a l’occasion de démentir une idée reçue largement répandue de nos jours. Il accepte en effet, moins de 10 ans après la prise de Jérusalem, d’aider militairement un émir musulman, Djâwali, à prendre la ville d’Alep à un autre musulman qui, à son tour fait appel à Tancrède, prince de Galilée et régent d’Antioche. On vit ainsi une coalition franco-turque affronter une coalition… franco-turque !

Tancrède revendiquait en réalité la suzeraineté d’Édesse. Le roi Baudouin, après y avoir repoussé une contre-croisade perse, se fit l’arbitre du conflit entre les deux rivaux. Cette protection et cet arbitrage des conflits étaient surtout, pour Baudouin, autant d’occasions d’affirmer la suzeraineté de la royauté hiérosolymitaine sur les possessions latines septentrionales (principauté d’Antioche et comté d’Édesse).

C’est sous le règne de Baudouin, en 1113 qu’est reconnu l’Ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, surnommé « les hospitaliers » et qui, comme son nom l’indique, a pour fonction de soigner les blessés. Son symbole est une croix blanche, souvent dotée de huit branches représentant les huit béatitudes.

Baudouin II :

A Baudouin succède son cousin, le comte d’Edesse, Baudouin de Boulogne. C’est sous son règne qu’est créée, à l’occasion d’un concile régional en 1120, la milice qui allait donner naissance dix ans plus tard à l’Ordre des Templiers, appelés ainsi parce qu’ils se sont installés sur le site de l’ancien temple de Salomon, détruit au VIe sciècle av. J-C. Le symbole de cet ordre religieux et militaire est la croix rouge.

(de g. à d. : l’Ordre du Saint Sépulcre, l’Ordre de l’Hospital et l’ordre du Temple)

L’événement marquant du règne de Baudouin II est la Bataille d’Azaz (1125) où le roi écrasa, à la tête de son armée, une grande coalition sarrasine (nous profitons de cette occurrence du  mot « sarrasin » pour rappeler au lecteur que le mot « musulman », que nous employons souvent par commodité, fut inventé au XVIe siècle et était donc inconnu des croisés, qui parlaient plus volontiers de « mahométans »).

Foulques :

N’ayant pas de fils, Baudouin II demanda au roi de France Louis VI le Gros de trouver, pour sa fille aînée Mélisande, un parti digne du Royaume de Jérusalem. L’heureux élu fut Foulques, comte d’Anjou et du Maine.

Celui-ci devint Roi en 1131 et dût faire face à un adversaire redoutable des chrétiens (et de ses rivaux musulmans…) qui allait déclencher l’appel à la deuxième croisade : Zengi. Atabeg de Mossoul puis également d’Alep, Zengi devint une menace terrifiante pour les chrétiens, si bien que Foulques dût s’allier au régent musulman de Damas, qu’il défendit contre Zengi.

Baudouin III :

C’est dans ce contexte que le fils de Foulques, qui n’avait que 12 ans, devint roi de Jérusalem en 1143. Zengi, profitant de la minorité du roi et malgré le fort caractère de la régente Mélisande, parvint à prendre Édesse au comte Josselin II en 1144.

LA DEUXIEME CROISADE

Ému par le massacre des chrétiens d’Édesse, et constatant la menace que constituait, pour la route terrestre de Jérusalem, l’invasion de la principauté d’Antioche par le fils de Zengi (Nour El-Din), le pape Eugène III appela de nouveau à la Croisade.

Prêchée par Bernard de Clairvaux, cette croisade eut, auprès des seigneurs chrétiens, un meilleur retentissement que la première. Le roi de France Louis VII, ainsi que sa femme Aliénor, duchesse d’Aquitaine, et les comtes de Toulouse et de la Marche répondirent présents à cet appel.  Ce fut ensuite au tour de l’autre grand souverain de la chrétienté, l’empereur germanique Conrad III, de prendre la croix.

Entrée de Conrad III et Louis VII à Constantinople

Les allemands, qui avaient précédé les français dans leur traversée de l’empire byzantin, furent aux trois quarts massacrés par les turcs seljoukides à la bataille de Dorylée le 25 octobre 1147.

L’armée des allemands (ou ce qu’il en restait…) retourna à Constantinople pour y rejoindre les français, et les deux souverains, voyant que la route terrestre était bloquée, embarquèrent au port d’Adalia.

Les croisés débarquèrent sur le territoire d’Antioche, dont le prince, Raymond, était justement l’oncle d’Aliénor d’Aquitaine. Néanmoins, estimant qu’il trahirait son serment en aidant Raymond à reconquérir la principauté d’Antioche et le comté d’Édesse (ce qui était pourtant précisément l’objet de la croisade), Louis VII préfèra se rendre à Jérusalem.

Ignorant tout de la géopolitique locale, les croisés entreprirent, non pas d’attaquer un des fils de Zengi mais, au contraire, la ville de Damas, dont ils commencèrent le siège le 24 juillet 1148. Or, les damasquins n’étaient aucunement hostiles aux francs et avaient même eu, sous le règne de Foulques d’Anjou, d’excellentes relations avec eux.

Des erreurs stratégiques de Louis VII ansi que le manque d’enthousiasme des barons palestiniens pour le siège d’une ville amie firent échouer le siège de Damas qui fut levé au bout de quatre jours.

De leur expédition en Orient, dont ils partirent dès 1149, les croisés de Louis VII et Conrad III ne rapportèrent ni or, ni gloire, ni terres. Mais ils rapportèrent, en guise de butin, quelques pieds de pruniers. C’est d’ailleurs de là que vient l’expression «faire quelque chose pour des prunes»…

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Gabriel de Feydeau

Etudiant en droit à l'université Panthéon-Assas