Loin des clichés anachroniques, un dossier sur les croisades : Saint Louis, le roi croisé (7/7)

Né le jour de la Saint-Marc (25 avril) 1214, Louis de Poissy, fils de Louis VIII et petit-fils de Philippe Auguste est devenu Louis IX à l’âge de 12 ans, en 1226. Avant d’être à l’origine des septième et huitième croisades, Louis IX avait déjà démontré sa qualité de roi très chrétien. C’est en effet à lui que nous devons l’acquisition de nombreuses reliques dont la plus célèbre reste la couronne d’épines. Cette couronne que les soldats romains avaient fixée par dérision sur la tête du Christ fût « achetée » à l’empereur latin de Constantinople pour la modique somme de 400 000 livres Tournois, soit l’équivalent de la moitié du budget annuel de la couronne (de France !)…

(La couronne d’épines est aujourd’hui conservée à Notre-Dame)

Mais Louis IX, en apprenant en 1244 que les musulmans avaient repris Jérusalem, comprit qu’il était du devoir du premier souverain d’Occident d’aller libérer la ville Sainte. Du reste, si la couronne « de Jérusalem » est officiellement entre les mains des Hohenstaufen, ceux-ci n’assument pas personnellement le pouvoir en Terre Sainte, ce qui alimente les divisions et donc l’affaiblissement des possessions chrétiennes en Syrie.

LA SEPTIÈME CROISADE

Si le roi s’est croisé dès le mois de décembre 1244, il dût attendre 1248 pour embarquer. Il prit en effet le temps de bien préparer ce qui serait l’une des plus grandes œuvres de son règne. Ayant interdit les guerres privées, Louis IX réunit sous son commandement une armée (gigantesque pour l’époque) de 25 000 hommes, parmi lesquels certains de ses vassaux révoltés hier contre lui. Cette croisade est essentiellement française : elle ne reçoit le concours que de quelques chevaliers d’Angleterre et de Constantinople (encore faut-il préciser que les chevaliers de Constantinople, tout comme l’empereur d’Orient, sont désormais français, comme Saint Louis…).

Afin d’assurer la pleine indépendance de cette expédition et d’éviter une réplique de la honteuse quatrième croisade, Louis IX fait construire le port d’Aigues-Mortes, d’où il embarque le 25 Août 1248, à destination de l’Ile de Chypre.

Saint Louis fit une longue étape sur cette île, ce qui lui permit d’y attendre les barons syriens et d’y échafauder son « plan ». Conscient de l’impossibilité d’une reprise immédiate de Jérusalem, le roi décida de procéder de la même manière que les troupes de la cinquième croisade : attaquer la dynastie Ayyoubide et le monde musulman au cœur de leur pouvoir, l’Égypte, en prenant la ville de Damiette.

Saint Louis sur les plages de Damiette (Emile Signol)

Dès le débarquement en Egypte, Saint Louis fut un chef militaire exemplaire : « Quand il entendit dire que l’oriflamme de Saint-Denis était planté dans la terre Égyptienne, raconte son compagnon Joinville, il sauta dans la mer, malgré les efforts qu’on fit pour le retenir ». Ayant perdu la bataille sur les plages, les égyptiens n’essayèrent même pas de défendre Damiette.  Saint Louis pénétra le 6 juin 1249 dans cette ville que les chevaliers de la cinquième croisade avaient mis 1 an et demi à prendre.

Mal conseillé par son frère Robert d’Artois, Louis IX refusa d’échanger Damiette contre Jérusalem et Tibériade. Il décida au contraire de marcher sur Le Caire. Pour prendre Le Caire, il fallait d’abord prendre la forteresse de la Mansoura devant laquelle était massée une armée de Mamelouks.

Pour cela, Saint Louis devait traverser le Bar Al-Séghir (en bleu). Il tenta tout d’abord de faire construire une digue, mais les musulmans ont opposé à cette ruse leur arme la plus redoutable : le feu grégeois. A chaque tir, Saint Louis levait les bras au ciel en criant « Beau sire Dieu, gardez moi mes gens »… Il finit finalement par trouver un guet, ce qui permit aux chevaliers de son frère, Robert d’Artois, d’attaquer le campement musulman. Fort de ce succès et malgré les ordres du Roi, Robert ne sût pas s’arrêter et, pénétrant héroïquement à Mansourah, y mourut avec ses chevaliers.

Bien qu’en infériorité numérique, le roi, après avoir passé le Bar Al-Séghir, chargea à son tour sur les mamelouks. Il laissa alors à Joinville le souvenir d’ « un héros, à lui seul plus grand que la bataille ».

 Malgré sa victoire, l’armée de Saint Louis, victime d’épidémies, dût battre en retraite et fut ensuite capturée, ainsi que le roi lui-même. Aux menaces du sultan qui le pressait à se convertir, Saint Louis répondit fièrement : « Dieu t’a rendu maître de mon corps ; mais mon âme est entre ses mains, et tu ne peux rien sur elle. ».

Quelques jours après, le sultan Tourân-Chah, dernier représentant de la famille de Saladin sur le trône, fut renversé par les mamelouks. Lors de ce soulèvement, l’émir  Octaï, chef des mamelouks fit une étrange proposition à Saint Louis : « Fais moi chevalier pour être libre, lui dit-il, ou tu es mort. ». Ne se laissant pas impressionner par le demandeur de ce titre prestigieux, Saint Louis lui répondit simplement : « Fais-toi chrétien, et je te ferai chevalier ».