Loin des clichés anachroniques, un dossier sur les croisades: La première expédition en Egypte (5/7)

Jérusalem, toujours aux mains des musulmans depuis sa conquête par Saladin en 1187, n’avait pas pu être libérée par la troisième croisade (qui avait cependant assuré la reconquête du littoral), ni a fortiori par la quatrième (détournée sur Constantinople).

POURQUOI LA CROISADE ?

Le royaume de Jérusalem et celui de Chypre, unis par le mariage de leurs deux souverains (Amaury et Isabelle) se trouvèrent fort affaiblis lorsque ces deux époux vinrent à mourir (tous deux la même année) en 1205. Les deux royaumes se séparèrent à nouveau : Chypre continua d’être en la possession des Lusignan et le « Royaume de Jérusalem » (en réalité basé à Saint-Jean-D’Acre) alla au premier enfant qu’Isabelle avait eu avec son second époux : Marie de Montferrat.

 

Entre 1196 et 1205, la reconquête du littoral s’est poursuivie

Marie épousa en 1210 un vétéran de la quatrième croisade et de la « croisade des albigeois » (contre les hérétiques cathares du sud de la France) nommé Jean de Brienne, qui sut convaincre le pape d’appeler à une nouvelle Croisade.

C’est en effet en  1213 qu’Innocent III publie à cet effet la bulle Quia Major. Mais celle-ci ne rencontra pas l’enthousiasme escompté. En effet, le Roi de France Philippe Auguste était encore occupé (et pour de longues années encore) par sa « croisade des albigeois » contre les comtes de Toulouse et de Foix. De son coté, l’empereur Frédéric II, qui avait promis, le jour de son sacre en 1215 de se croiser, ne pouvait partir en raison de la guerre qu’il menait en ses possessions d’Italie.

On comprend d’autant mieux le manque de ferveur de l’empereur lorsque l’on sait que, longtemps, son principal rival en Sicile n’était autre que Jean de Brienne…

Innocent III meurt trois mois après le concile de Latran IV, qui fixe le départ de la croisade à 1217 au plus tard. Son successeur  Honorius III fit également prêcher la croisade dans le royaume de Jérusalem (Beyrouth, Tripoli, Saint-Jean-D’acre…) où les chrétiens semblaient vouloir s’accommoder du statu quo avec les musulmans pour des raisons commerciales. Ceci étant fait, Honorius III choisit pour légat afin  accompagner la Croisade celui qui sera connu comme un homme déterminé mais peu avisé et imprudent : Pélage.

LA CROISADE

Pour les raisons déjà énoncées, la croisade était privée des deux grands souverains européens (malgré la présence de certains de leurs vassaux) et fut menée par le duc D’Autriche Léopold VI et le Roi de Hongrie André II. Rejointe par le roi de Chypre Hugues Ier de Lusignan et le roi de Jérusalem Jean de Brienne, l’armée croisée tenta de s’emparer, en vain, de la forteresse du mont Thabor en novembre 1217, échec qui poussa les hongrois à renoncer à la croisade.

Ayant constaté l’impossibilité de libérer directement la ville de Jérusalem, Jean de Brienne reprit alors l’idée qu’avait énoncé, en son temps, Innocent III : une expédition vers l’Egypte. Cette expédition paraissait d’autant plus légitime que les chrétiens locaux avaient déjà appelé au secours le pape en raison des persécutions dont ils étaient victimes.

 

Le port de Damiette fut choisi pour son importance, tant politique que commerciale et en raison de l’incontestable domination des croisés dans le domaine maritime. Ce siège s’avéra plus long que prévu mais, le 5 février 1219, le sultan Al-Khamil décida de prendre la fuite, ce qui permit aux croisés de s’avancer jusqu’aux portes de la ville.

Le sultan, qui avait bien compris les intentions des croisés, leur proposa de quitter l’Egypte, moyennant la restitution de Jérusalem. Alors que le roi Jean et ses barons étaient d’avis d’accepter ce marché, les négociations se heurtèrent au veto du légat qui, orgueilleux et fanatique, entendait conquérir et l’Egypte, et Jérusalem.

La ville fut prise le 5 novembre 1219, après quoi le Jean de Brienne, échauffé par le caractère présomptueux de Pélage, décida de rentrer à Saint-Jean-D’Acre.

Des navires brisant la chaine de Damiette lors de la cinquième croisade.

La situation était en passe de virer à la catastrophe : ayant commencé à prendre le contrôle de la mer, le sultan fit une nouvelle offre au légat : cette fois c’est tout l’ancien royaume de Jérusalem qu’il proposait de resituer. Au grand étonnement de ses compagnons, le légat refusa de céder une ville en échange d’un royaume !

Au contraire, le légat, rejoint en Egypte par Jean de Brienne qui tentait de l’en dissuader, décida d’attaquer la forteresse musulmane de la Mansourah, seul obstacle qui les séparaient du Caire. Nonobstant le fait que ces deux villes signifient toutes deux « La Victorieuse » en arabe, elles ne furent pas synonymes de succès pour les croisés et « Ceux qui firent prendre cette décision aux francs, écrit Ernoul, leur firent proprement décider d’aller se noyer ». En effet, les défenseurs de la Mansourah ayant ouvert les digues et les chrétiens, criblés de flèches, ayant « de l’eau jusqu’aux genoux », l’armée croisée dût accepter de rendre Damiette aux musulmans.

Le Sultan ayant accordé aux chrétiens affamés les vivres nécessaires, il ne leur restait plus qu’à rentrer chez eux, sans que leur faim véritable ait pu être rassasiée : par l’imprudence du légat Pélage, et l’Egypte, et Jérusalem restaient musulmanes.

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Gabriel de Feydeau

Etudiant en droit à l'université Panthéon-Assas