Loin des clichés anachroniques, un dossier sur les croisades: Jérusalem libérée sans combattre (6/7)

LES APPELS A L’AIDE

L’échec de la 5e croisade en Egypte poussa le « royaume de Jérusalem » (qui conservait ce titre malgré la perte de la ville) à appeler à l’aide les deux plus hautes autorités chrétiennes du monde : le pape et l’empereur su Saint-Empire Romain Germanique.

Jean de Brienne (qui gouvernait alors le royaume car la reine sa fille Isabelle était mineure) se rendit en personne en Italie en octobre 1222 afin d’y rencontrer Honorius III et Fréderic II. Ce dernier, qui avait déjà promis 7 ans plus tôt de partir en Croisade, accepta d’épouser Isabelle II de Jérusalem le 9 novembre 1225. Jean de Brienne regretta bien vite d’avoir accepté cette offre. En effet, conformément au droit en vigueur à l’époque, une fois sa fille mariée, Jean n’avait plus aucune raison de continuer à exercer sa « régence » sur le royaume et fut chassé du trône par Fréderic II.

Ce mariage marque la fin de la domination strictement française dans le royaume de Jérusalem et laisse la place à des personnalités Italiennes et allemandes issues du Saint-Empire et accorde donc une place plus importante à l’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Allemands (qui est à la fois religieux, hospitalier et militaire) que nous connaissons mieux sous le nom d’ « Ordre teutonique ».

                       

Hermann Von Salza, 4e grand-maître de l’Ordre teutonique et ami de Frédéric II

Mais l’acquisition du royaume de Jérusalem ne pousse pas pour autant Fréderic II à partir en Croisade. Elevé dans un environnement très influencé par l’Islam, l’empereur était devenu très islamophile : « Nombreux, rapporte le manuscrit de Rothelin, étaient les points sur lesquels il avait ainsi adopté les mœurs musulmanes. Il n’était du reste jamais plus heureux que quand lui arrivaient des envoyés des pays musulmans. C’est ainsi qu’il échangeait sans cesse ambassades et cadeaux avec le sultan d’Egypte ».

Si on ajoute à ces faits les conflits politiques qui opposaient en Italie les partisans de l’empereur (qu’on appellera bientôt  les gibelins) et ceux du pape (les guelfes), on comprend mieux pourquoi l’empereur repoussait sans cesse sous de futiles prétextes son départ pour l’Orient. Exaspéré, le successeur d’Honorius III, l’énergique Grégoire IX, décida d’excommunier l’empereur en 1227.

Une question essentielle se posait également : après l’échec de la conquête de Jérusalem, puis celui de la conquête de l’Egypte afin d’en faire une monnaie d’échange, que pouvait bien tenter le monde Chrétien dont le chef ne voulait pas combattre le Sultan d’Egypte ? Aussi insensé que cela puisse paraître, la sixième croisade sera lancée par un appel à l’aide du Sultan d’Egypte, El-Kâmil. En conflit avec le roi de Damas el-Mouazzam, le sultan proposa à Fréderic la ville de Jérusalem en échange de son aide.

 

Fréderic II de Hohenstaufen

LES ACCORDS DE JAFFA

Doublement pressé, et par l’offre du sultan, et par son excommunication, l’empereur Frédéric II décida de partir pour la Terre Sainte en 1228.

L’empereur et roi de Jérusalem excommunié, débarquant avec une troupe d’homme bien modeste, arriva malheureusement trop tard : à son arrivée en Syrie, el-Mouazzam était déjà mort depuis plusieurs mois et, si la ville de Damas résistait encore, le Sultan n’avait plus besoin de l’aide de Frédéric pour mater la  rébellion. Le sultan El-Kâmil, était désormais « dans le plus grand embarras », concède l’historien Mikrizi, car « il ne pouvait maintenant revenir sur sa parole et lui refuser la rétrocession de Jérusalem qu’en lui déclarant la guerre ».

Afin de s’assurer la restitution de Jérusalem, Frédéric II écrivit au sultan cette supplique dont le ton amical dénote : « Je suis ton ami : c’est toi qui m’a engagé à venir ici […] Après tout, cette Jérusalem, n’est-ce pas elle qui a donné naissance à la religion chrétienne ? De grâce, rends la moi, afin que je puisse lever la tête devant les rois ».

Et comme pour mieux rappeler à El-Kâmil sa promesse, Frédéric décida d’améliorer les fortifications des villes littorales et de marcher dangereusement vers le Sud, suivi de très près par les templiers et les hospitaliers (qui ne souhaitaient pas chevaucher aux cotés d’un excommunié).

Cette association de la fermeté et de la courtoisie aboutit le 21 février 1229 à ce que nous appelons aujourd’hui les accords de Jaffa : le sultan donne à Frédéric Jérusalem (exceptée la Mosquée d’Omar), Bethléem et Nazareth et une trêve de 10 ans est conclue entre les chrétiens et les musulmans.