Loin des clichés anachroniques, un dossier sur les croisades: La chute de Jérusalem (3/7)

Baudouin III :

En chassant de la régence, en 1152, sa mère qui tardait à la quitter, Baudouin III devint le premier roi de Jérusalem à être né en Palestine et à se marier avec une princesse byzantine, Théodora Comnène.

Son règne est principalement marqué par le combat qui l’opposa à Nour Ad-Din, émir d’Alep. Cet affrontement est resté célèbre, tant par la férocité des combats (prise de Damas par Nour Al-Din, prise de Shaïsa par Baudouin,  bataille de Puthala…) que par le respect que se sont témoigné mutuellement les adversaires. A la mort de Baudouin III, empoisonné par son médecin en 1162, Nour Ad-Din refusa de profiter de la situation : «Nous devrions compatir à leur douleur et les épargner, déclara-t-il alors, car ils viennent de perdre un prince tel que le monde n’en n’a jamais connu».

Amaury Ier :

A Baudouin III succède son frère Amaury, qui va devoir faire face aux tentatives d’unification du monde musulman par  Nour Ad-Din. A cette époque, la dynastie fatimide qui se trouvait à la tête de l’Egypte étant entrée en décadence, le véritable pouvoir était entre les mains d’un vizir, que nous pouvons comparer aux « maires du palais » de nos derniers rois mérovingiens.

Ainsi, Nour Ad-Din et Amaury en vinrent à soutenir chacun un candidat au vizirat. En soutenant le sunnite Chiroukh, Nour Ad-Din se soutenait surtout lui-même à travers l’un de ses vassaux. En appuyant le chiite Châwer, Amaury soutenait surtout la division du camp musulman.

Amaury mena pas moins de cinq expéditions pour empêcher l’Egypte de s’unir à l’émirat de Nour Ad-Din. Ce sera peine perdue : en 1169, Chiroukh s’empare du vizirat et, à sa mort deux mois plus tard, il laisse sa place au musulman le plus célèbre de l’histoire des  croisades, son neveu  Al-Malik an-Nâsir Salâh ad-Dîn Yûsuf, que nous connaissons mieux sous le nom de Saladin.

Baudouin IV le Lépreux :

En 1171, meurent simultanément Nour Ad-Din et Amaury. Le premier laisse Saladin unifier à sa place les royaumes turcs de Syrie et le Khalifat fatimide d’Egypte pendant que le second laisse sa place à un jeune de garçon de 13 ans, lépreux de surcroit, Baudouin IV. Bien que faible, le roi, très pieux et courageux, fut immédiatement considéré comme un saint par ses contemporains.

 

Baudouin IV avant et après que la maladie ne l’ait véritablement rongé, par P. Joubert

En 1174 et 1176 (soit à 14 et 16 ans) alors que Saladin tentait de prendre les derniers bastions musulmans qui lui résistaient, Baudouin menait déjà, à la tête de l’armée franque, des incursions en terre musulmane (notamment dans la Beqa). Saladin, désormais sultan d’Egypte, fut contraint de rebrousser chemin.

En 1177, profitant d’une opération militaire douteuse de certains chefs francs en Syrie, Saladin se mit à envahir et piller la Palestine à la tête d’une armée de 23 000 hommes. « Dieu qui fait paraitre sa force dans les faibles, écrit Michel le Syrien, inspira le roi infirme » qui, à la tête de 1 500 hommes écrasa par surprise l’armée de Saladin à Montgisard.

 

A gauche, sur une civière, Baudouin IV à la Bataille de Montgisard

Si Saladin réussit à réunifier la Syrie musulmane (Damas, Alep etc…) sous son sceptre, chaque fois qu’il tentait d’envahir les états latins, Baudouin accourrait à la rescousse (même s’agissant du désobéissant et peu scrupuleux seigneur de Transjordanie Renaud de Chatillon). Chaque fois qu’il apprenait la venue du roi lépreux, Saladin, terrifié par le souvenir de Montgisard, rebroussait chemin.

Jusqu’en décembre 1183, le Sultan le plus puissant du monde musulman recula face au cadavre vivant (aveugle et quasi paralytique) qu’était devenu le jeune Baudouin IV.

Baudouin V et Guy de Lusignan :

Malheureusement, la sœur du Lépreux, Sybille, héritière du trône, s’était mariée en seconde noces à un homme fort beau mais que tous ses contemporains, Baudouin IV le premier, tenaient avec raison pour un incapable. C’est pour cette raison que le roi lépreux, avant de mourir à l’âge de 24 ans en 1185, avait pris soin de faire couronner le fils que Sybille avait eu d’un premier lit, Baudouin V et d’en confier la régence à Raymond III de Tripoli. Mais l’enfant mourût l’année suivante.

La couronne, malgré les précautions prises par Baudouin le lépreux, devait donc échoir à Sybille et conjointement avec elle, à Guy de Lusignan.

Si, chevaleresque, Saladin n’avait pas profité de la minorité de Baudouin V, il se résolut tout de même, en 1187 « avec une armée innombrable, pareille à l’océan », à envahir le Royaume de Jérusalem. Ayant capturé Guy (qu’il épargna, au motif qu’ « un roi ne tue pas un roi ») et écrasé son armée à la bataille de Hattin, il n’eut aucun mal à obtenir la reddition de Jérusalem, promettant en échange d’épargner les chrétiens de la ville.