Liberté religieuse (4/4) l’entrevue de Milan et l’édit de 313

Galère mourut quelques jours après son édit. Celui-ci fut appliqué par Constantin et Licinius. Ils se rencontrèrent à Milan en février 313, se mirent d’accord sur leur domaine respectif et sur une politique commune de tolérance religieuse. Dès 312, Constantin avait fait à titre personnel le choix du christianisme et s’était mis sous la protection du Christ.

 constantin

Médaille en hommage à l’empereur

Le texte issu de l’entrevue de Milan est connu par le mandatum promulgué par Licinius à Nicomédie le 13 juin 313 sous la forme d’une lettre aux gouverneurs de province.

 

Il va plus loin que l’édit de Galère dans l’affirmation de la liberté religieuse : le choix religieux relève de « la raison et de la volonté de chacun de s’occuper des choses divines chacun selon sa préférence ».

 

Affirmant que le respect dû à la divinité est essentiel dans l’intérêt de l’État, la liberté religieuse est accordée à tous, en particulier aux chrétiens ; elle vise, par la liberté de culte, à se concilier « ce qu’il y a de divin au céleste séjour ». Formule vague et consensuelle qui postule que chacun admet l’existence de la divinité, un seul Dieu pour les uns, des divinités multiples pour les autres.

Confirmant l’édit de Galère, la décision concerne en particulier les chrétiens : « que ne soit refusée à personne la liberté de suivre et de choisir l’observance ou la religion des chrétiens », puis de façon plus large « qu’à chacun soit accordée la liberté de donner son adhésion réfléchie à la religion qu’il estime lui être utile… ». Explicitement, le choix religieux est reconnu comme relevant de la décision de chacun éclairée par la raison ; ainsi pour le choix du christianisme, il est question de « la libre détermination de garder la religion des chrétiens ». La mesure concerne tous les citoyens de l’Empire : « aux autres aussi qui le veulent est accordé le pouvoir de suivre leur observance et leur religion » et encore « chacun a le pouvoir de choisir et de pratiquer la religion qu’il veut », et il s’agit de ne « restreindre pour personne aucun rite ni culte ».

 

Conclusion

 

Ces décisions prises à Milan, dans la ligne de l’édit de Galère, constituent une innovation qui va à l’encontre de l’unanimité de religion jusqu’alors considérée comme ciment du système politico-religieux. La notion de liberté religieuse est intégrée et devient même la solution pour obtenir protection et bénédiction de « la divinité ».

En 311-313, voici 17 siècles, la liberté religieuse est reconnue dans le monde romain où l’émergence d’une religion monothéiste et exclusive, non ethnique, avait posé un grave problème à l’État ; même si les chrétiens ont toujours proclamé leur loyauté, leur refus de participer au culte traditionnel fut pendant plusieurs siècles inacceptable.

Leur détermination, leur choix d’une religion où les rites sont l’expression d’une foi, leur résistance lors de la plus cruelle des persécutions, conduisirent un empereur réaliste à leur reconnaître une liberté de choix religieux et d’exercice du culte ; cette liberté fut peu après reconnue à tous. Cela implique une évolution dans les mentalités : la reconnaissance de l’autonomie de la personne considérée comme apte à poser un choix religieux ; et il est admis que ce choix  relève de la conscience, de la raison et de la volonté de chacun.

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.