L’homme et la femme dans le mariage romain

      La question du mariage romain -1-

« Ce qui pour le droit est primordial, c’est la division des sexes en tant que telle »

Pour les Romains, la division des sexes et la reproduction sexuée ne sont pas seulement une évidence, un fait de nature, un présupposé naturel, mais une norme juridique obligatoire qui veut que tous les citoyens romains se divisent et se conjoignent en mares (mâle) et feminae (femme). La coniuctio maris et feminae fonde le lien social, c’est la norme fondatrice qui assure la reproduction de la société, la norme organisatrice de la différence et de la complémentarité du masculin et du féminin.

mariage antique

« L’union de l’homme et de la femme n’a pas d’appellation précise » (Aristote, Politique, 1253 b). Ceci n’est pas particulier à la Grèce, c’est un phénomène indo-européen. Le vocabulaire indo-européen dénote que, dans la conjugalité, la situation de l’homme et de la femme diffère, de même que les termes désignant leur parenté respective : pour l’homme les termes sont verbaux, ils indiquent une action, pour la femme les termes sont nominaux, ils indiquent que l’intéressée subit un changement d’état : l’homme épouse, la femme est épousée. L’homme épouse quand il s’agit du mari, il donne une jeune fille quand il s’agit du père. Vu sous cet angle le mariage est une affaire d’hommes, une transaction entre hommes qui unit deux familles, deux maisons, permet la circulation des femmes et des biens. Pour dire que l’homme « prend femme », les langues indo-européennes emploient des verbes qui signifient « conduire » et de façon plus précise « conduire une femme dans sa maison » : uxorem ducere. Il n’y a pas de verbe dénotant pour la femme le fait de se marier. En latin le verbe nubere ne s’applique proprement qu’à la prise de voile (le flammeum) qui est un des rites de la cérémonie des noces ; en découle le participe nupta et la locution nuptam dare ; ce sont des formes du verbe nubere qui pose la femme comme objet et non comme sujet, même si à Rome le consensus de la femme est nécessaire. La femme n’épouse pas, elle est épousée ; elle n’accomplit pas un acte, elle change de condition. En latin, comme en indo-iranien par exemple, les termes dénotant l’état de femme mariée sont exclusivement nominaux.

Le terme matrimonium, qui désigne le mariage à Rome, signifie littéralement la « condition légale de mater » à laquelle accède la jeune fille. Pour elle le mariage est une destination. Ainsi, du point de vue du père : dare filiam in matrimonium signifie « donner sa fille à un homme en vue qu’elle devienne une mater » ; du point de vue du mari : alienius filiam ducere in matrimonium signifie « conduire la fille de quelqu’un en vue qu’elle devienne une mater » ; du point de vue de la jeune fille : ire in matrimonium « entrer dans l’état qui l’accomplit comme mater ». Ces formules ont toutes dénoté d’abord la condition de la femme qui en devenant épouse va devenir une mater. Il n’y a pas de concept abstrait du mariage, ni de termes désignant spécifiquement l’homme en tant qu’époux : le latin emploie uir, être humain masculin, qui a d’autres usages ; maritus est le dérivé en -itus d’un radical *mari qui semble désigner la jeune fille d’âge nubile, le maritus est ainsi « celui qui est en possession d’une jeune femme ». De même il n’y a pas de terme fixe pour désigner de façon constante l’épouse légitime : mulier signifie femme de manière plus générale, uxor qui désigne toute femme matriée, n’a pas d’étymologie assurée.

(A suivre Paterfamilias / materfamilias : une question de statut)

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.