Les structures de L’Empire Perse -2 Pouvoir royal et ordre social

Dernier volet de notre parcours au cœur de l’empire perse par Pierre Le Lay. Après l’histoire et un aperçu des structures géographiques, il nous reste à voir le pouvoir royal et l’ordre social

Les structures de L’Empire Perse 2

A. Le pouvoir royal et le droit en Perse

Sur une de ses inscriptions tombales, Darius Ier se présente comme ceci : « Un grand dieu est Ahura-Mazda qui à créé cette terre-ci, qui à créé ce ciel-là, qui à créé l’homme, qui à créé le bonheur pour l’homme, qui à fait Darius roi, unique roi de nombreux, unique souverain de nombreux. Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois, le roi des pays de toutes origines, le roi sur cette terre au loin, le fils de Vistapa, l’Achéménide, sur Perse, fils de Perse, Aryen, de souche aryenne. »

Ce passage nous illustre la place centrale et presque divine que possède Darius Ier au sein de la société Perse, il se désigne lui même comme ayant été fait roi par la grâce d’Ahura-Mazda, principale divinité de la religion perse.
En effet, les souverains Achéménides ont tirés leur pouvoir d’autorité et de régner de cet divinité et constituent un intermédiaire entre le divin et le monde des Hommes.
Leurs pouvoirs et autorités acquisent grâce à la divinité, ils sont désormais totalement légitime de régner sur les différents peuples qui doivent reconnaître la légitimité de la figure royale qui est mis en place par le dieu.

Cette autorité et ce pouvoir royal est reflété et transmis aux satrapes qui se doivent de représenter et appliquer au mieux la volonté royale et divine dans leurs satrapies.

En retour de la loyauté des peuples, le grand roi se comportait comme un « Bon Roi » avec ces derniers, en particulier chez Cyrus II mais également avec Darius Ier et Cambyse II qui, en tant que Pharaon d’Égypte et « Fils de Rê » font restaurer et construire des temples consacrés aux dieux égyptiens. A ce titre, Darius Ier sera souvent représenté sur des fresques égyptiennes dans les temples avec les attributs de Pharaon. Ces actes relatent alors plus que de la tolérance des rois Perses pour les religions et cultures des peuples non perses mais l’incarnation en tant que rois ayant reçu le pouvoir et appliquant la volonté divine des dieux autre qu’Ahura-Mazda

Le grand roi applique aussi la justice au sein de l’Empire Perse, il qualifie de « mensonge » tout ce qui va à l’encontre de son pouvoir royal et ce qui est en désaccord avec la volonté divine et punis fermement les fauteurs de troubles et ceux qui commettent des infractions.
Il accorde donc sa protection à tous ceux qui sont justes et dans le droit chemin.
Les rois Achéménides récompenseront aussi leurs plus loyaux sujets en échanges de leurs services rendus, les auteurs grecs indiquent que Darius Ier avait la « polydôria » c’est à dire la capacité à distribuer de nombreux présents et récompenses comme des armes, des robes, chevaux, titres ou encore des domaines envers ceux qui l’ont bien servis et sont même inscrits dans le « Livre des Bienfaiteurs ».

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Représentation d’une audience royale dans l’«Apadana » d’un palais sous l’Empire Achéménide.
Le grand roi reçoit un citoyen pour une audience, le fait qu’il soit surélevé sur son trône démontre le pouvoir et la puissance de celui-ci.

B. Un ordre social dominé par la noblesse et l’entourage royal

La hiérarchisation des classes sociales dans l’empire perse repose sur un système quadripartite :
-Les prêtres
-Les guerriers
-Les éleveurs de bétail
-Les artisans

Il existait également une sorte d’ordre non reconnu, celui des « esclaves » qui fut très peu développé à l’époque Achéménide mais qui pris son essor à l’époque Sassanide.
On disait du prophète de la religion perse Zoroastre ainsi que du roi, qu’ils réunissait les trois premières qualifications en eux, ce schéma social sera toujours utilisé à l’époque Sassanide.

L’appartenance à un des ordres social était basé sur l’hérédité, et les barrières vers un ordre « supérieur » était en principe infranchissable, même par le mariage il n’était pas possible d’y accéder, par exemple, un homme qui était du rang des prêtres qui se mariait avec une femme du rang des artisans pouvait se voir perdre son rang, ses terres ou même être envoyé en exil.
Tout sujet et citoyen de l’Empire Perse était le « serviteur » du roi, quel que soit son rang dans la société.

A l’époque Achéménide, les critères de genre ethnique, généalogique et social ont joués un rôle dans la qualification sociale, l’écart social des nobles et des puissants opposés aux faibles et aux pauvres
se creusera massivement au fur et et à mesures des conquêtes et de l’expansion territoriale de l’Empire Perse, en effet les postes administratifs et militaires étaient tenus par les familles de nobles dont le pouvoir n’avait de cesse de s’accroître avec la remise de postes de gouverneurs et de chefs d’armées par le roi.
En plus de cela, les nobles de l’Empire Perse obtiennent de haut qualification sociales par naissance mais constituent également une « noblesse royale » par les liens de loyauté personnelle avec le roi.

Parmi ses peuples, le grand roi réservait un statut privilégié aux Perses, en effet, il existait une distinction ethnique entre les citoyens de sang Perse et les « autres peuples », les Perses tenant un rôle central et étant plus enclins à recevoir des missions et des postes plus élevés par le roi, les postes de décisions politiques notamment ceux de satrapes sont confiés à des membres de grande familles de nobles Perses qui reçoivent des terres de fonctions.
Il en va de même dans l’armée, la plupart des chefs militaires appartiennent à la famille du grand roi, les élites « étrangères » des pays conquis deviennent alors des exécutants (scribes, financiers, intendants) au service du satrape, qui lui est d’origine Perse.

Les historiens de notre époque ont souvent qualifié la société Perse comme une société « féodale » dû à l’écart immense de pouvoir et d’influence entre la noblesse et le peuple, les personnages issus de la noblesse qui obtiennent des des qualifications élevées comme le poste de chef militaire ou des titres de satrapes qui peuvent faire penser aux vassaux du Moyen-Âge, cependant la comparaison reste superflus dans le sens ou les circonstances et la période sont totalement différentes.

C. L’armée Perse, instrument des conquêtes impériales

De toutes les nombreuses campagnes et conquêtes militaires perses à l’époque Achéménide, en son centre se trouve l’armée qui sera au cœur de l’expansion de l’empire Perse.
Parmi les écrits avestiques issu du livre de « l’Avesta » qui est le livre sacré des Perses, on trouve régulièrement des allusions à une armée Perse dont le cœur était composé par les « conducteurs de chars », accompagnés de cavalerie et d’infanterie munis d’épée à double tranchant en cuivre, d’arc avec carquois et flèches , de lance et de cuirasse en écailles.

Au début de l’époque Achéménide, les armés du roi Cyrus II n’était pas une armée professionnelle mais plutôt une sorte de milice armée ou chaque soldats s’équipaient à ses frais et ne comprenait pratiquement que des guerriers d’origine Perse.

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Représentation de l’armée et de l’équipement des soldats de l’armée Achéménide à la fin du 4ème siècle avant J-C

Il faudra attendre l’arrivée de Darius Ier pour voir peu à peu le concept d’armée professionnelle et permanente se mettre en place, les contingents vont eux aussi se diversifier d’un point de vue ethnique au fut et à mesures des conquêtes avec des peuples venus d’Asie Centrale comme des Bactriens, ou encore des Parthes, mais également des mercenaires Grecs comme les redoutables hoplites et leurs lourd équipements, les guerriers Perses et Mèdes n’ont cependant pas étés délaissés et fortement toujours une bonne partie de l’armée.

Les sources d’Hérodote nous indique que sous Darius Ier, l’armée Perse était composée de plus de 5 millions de soldats… Les chiffres qu’ils nous donnent sont évidemment, totalement irréalistes, une armée si grande n’aurait jamais pu être alimentée convenablement et il y aurait eu des problèmes logistiques, actuellement, on pense que les armées sous Xerxès Ier ne dépassait pas cinquante milles hommes, ce qui doit être à quelque chose près la même chose à sous le règne de Darius Ier.

Les armées étaient organisés autour d’un système décimal, c’est à dire une sorte de hiérarchie militaire qui classait les commandants par nombre de soldats : dix hommes formaient une compagnie et était sous le commandement d’un « chef de dix hommes », dix compagnies formaient un bataillon et étais dirigés par « chef de cent hommes », dix bataillons formaient une division sous le commandement d’un « chef de mille hommes » et enfin, dix divisions formaient un corps sous le commandement d’un « chef de dix milles hommes », tous ces commandants étaient dirigés par un « Karanos » qui était le général de l’armée et souvent issu de la famille du grand roi.

Les armées étaient alors composés de chars, de cavaliers, de lanciers même parfois des éléphants…
Les archers occupaient une place dominante dans les armées Perses, ils étaient très souvent la justification des victoires militaires. Ils étaient protégés par les lanciers qui étaient à l’avant pendant que les qu’eux derrière, criblaient de flèches l’armée ennemi. La cause de la défaite Perse à Marathon en -490 est du à l’équipement des hoplites grecs, équipés de linothorax et de lourd bouclier « aspis » les grecs bloquent les flèches qui deviennent alors obsolètes contre ces lourdes armures.

Certaines unités sont devenus un véritable symbole polico-militaire de l’Empire Perse, comme les gardes royaux nommés par les grecs « melophoroi » qui veut dire « porteurs de pomme » en raison des grenades d’or qui ornaient leur lances mais également les mythiques Immortels qui ont étés représentés dans les sculptures et les arts Perses, ils sont des soldats d’élites qui se battent non seulement à la lance, mais aussi à l’arc. Ils sont au nombre de dix-milles et leur nom vient du fait que lorsque un Immortel meurt, celui-ci est immédiatement remplacé par un autre soldat, qui est équipé exactement de la même façon, ce qui donne aux ennemis une impression d’invincibilité de cette unité d’élite.

En clair, l’armée Perse est une armée qui à subis des évolutions au cours de son histoire, elle est passée d’une troupe de soldats irréguliers et ethniquement Perse à une véritable armée professionnelle composée de toutes sortes de peuples différents et complétée par des mercenaires. Cette armée à été le noyau principal de la puissance et de la conquête Perse.

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Frise des Archers, Musée du Louvre, Paris, époque Achéménide sous le règne de Darius Ier, vers 510 avant J.-C.

Conclusion :

Pour conclure, nous pouvons dire que l’empire Achéménide à existé grâce en premier lieu à des rois extrêmement ambitieux comme Cyrus II qui est le réel fondateur de l’Empire Perse et qui l’a étendue des bords de l’Indus, aux côtes d’Asie Mineure jusqu’au territoire de Judée.
Son fils Cambyse II reprendra la politique conquérante de son père en intégrant l’Égypte dans le giron Perse.
Le règne de Darius Ier marque l’apogée territoriale et la stabilisation de l’Empire Achéménide, il fera des réformes importantes dans le domaine administratif avec les satrapies et ses tributs, il développera aussi la notion d’une idéologie de pouvoir en fondant des immenses palais de fonction à Suse et Persépolis.
Les « routes royales » faciliteront énormément la cohésion général de l’empire et permettront le déplacement rapide des puissantes et nombreuses armées de l’Empire Perse.

Les trésors royaux qui sont remplis par les guerres, les tributs des satrapies après la réforme de Darius Ier, les dons des celles-ci ainsi que par le commerce vont donner une richesse quasi-illimitée aux grands rois Achéménides et vont permettre d’établir une politique ambitieuse dans tous les domaines, y compris les campagnes militaires et l’entretien des armées grâce à leur financement.
La loyauté des puissants nobles et satrapes est assurée grâce à de généreuses récompenses de la part du roi, le peuple qui est sous l’autorité légitime du grand roi grâce au pouvoir donné par Ahura-Mazda, est relativement loyal envers le grand roi du à sa tolérance envers les cultures et religion étrangères et l’application de justice pour défendre les opprimés et détruire le « Mensonge ».

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