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Les pictogrammes et hiéroglyphes

Les pictogrammes et hiéroglyphes

Depuis le IXe millénaire, dans nombre de régions du Proche-Orient des petits jetons d’argile, qui ont été appelés calculi, pouvaient, pour enregistrer des transactions commerciales, être enfermés dans des bulles ou petits sacs en argile portant des signes extérieurs correspondant au contenu. On passa ensuite de ces bulles de comptabilité à des tablettes d’argile, ou parfois de pierre. Vers la fin du IVe millénaire, la représentation graphique se substitue à l’objet, on utilise la tablette d’argile humide sur laquelle des signes sont incisés à l’aide d’un calame de roseau, puis la tablette est cuite (la technique de la cuisson de l’argile est attestée depuis le VIIe millénaire). Les signes sont d’abord des pictogrammes qui vont en se simplifiant, 800 environ dont le nombre diminue petit à petit. L’évolution se fait aussi vers l’abstraction : de la représentation de l’objet à l’idéogramme puis à la valeur phonétique, donc vers le syllabisme avec la notation de déterminatifs de lecture et d’informations grammaticales. Les signes simplifiés se présentent sous l’aspect de petits traits horizontaux, verticaux, obliques terminés par un triangle, d’où l’aspect de clous ou de coins qui vaut au système le nom d’écriture cunéiforme. Le système note d’abord la langue des Sumériens, langue agglutinante. Vers la fin du XXIVe siècle av. J.-C., l’évolution du peuplement aboutit à un changement d’ethnie dominante au bénéfice des Sémites : Eblaites en Syrie du nord, puis Akkadiens en Mésopotamie. Le système de signes fut adapté pour noter l’akkadien, et par la suite des langues d’autres peuples : élamite en Iran, hittite et hourrite en Anatolie et Syrie du nord.

L’écriture hiéroglyphique fut en usage en Egypte de la fin du IVe millénaire au Ve siècle apr. J.-C. les Egyptiens l’appelaient médou-netjer « parole divine », les Grecs hiérogluphica grammata « caractères sacrés gravés ». Le code graphique est constitué de pictogrammes, signes graphiques représentant des éléments animés ou non, réels ou imaginaires ; de 700 à l’époque pharaonique, on en compta 10000 à l’époque ptolémaïque ! Ces dessins sont soumis aux conventions de l’art égyptien pour la forme et la couleur.  Ils sont gravés ou peints sur différents supports selon une codification stricte : les signes sont agencés dans une suite de carrés invisibles de taille constante ; il n’y a ni ponctuation, ni espace entre les mots ; l’inscription disposée en colonnes se lit de droite à gauche ou l’inverse ; un mot est la combinaison de plusieurs signes et le signe renvoie à l’objet, à l’idée de l’objet (ex. une oreille pour entendre) ou peut avoir une valeur phonétique et noter une ou plusieurs consonnes. On arriva à isoler 24 principaux phonogrammes consonantiques, sorte d’alphabet. Des déterminatifs qui ne se prononcent pas servent à différencier d’éventuels homophones, ainsi le signe de la maison peut indique une maison, le son per ou servir de déterminatif de la classe « bâtiment ».

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A propos de Françoise Thelamon

Françoise Thelamon
Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.