Du mythe obscur des catacombes à leur réhabilitation fleurie

Les catacombes romaines et le cimetière « Aux Deux Lauriers »

Il existe dès la fin de l’Antiquité une sorte de « légende dorée » des catacombes qu’ont popularisée au XIXe siècle des romans comme Quo vadis ? ou Fabiola. Elle les présente comme des lieux de refuge d’une communauté chrétienne en butte aux persécutions. La réalité est bien différente car elles constituent tout au contraire le premier signe de visibilité d’une Église suffisamment sûre d’elle-même à partir du IIIe siècle pour qu’elle crée alors des cimetières destinés à ceux qui, parmi ses fidèles, désirent reposer côte à côte.

Le plus ancien de ces cimetières est celui que le diacre Calliste aménage autour de 200 auprès de la via Appia sur l’ordre du pape Zéphirin. Il comporte des tombes aussi bien à la surface que dans le sous-sol, grâce au creusement d’un réseau de galeries ; solution ingénieuse qui permet d’accroître à volonté le nombre des inhumations au sein d’une aire funéraire de dimension assez modeste – 2.000 m2 environ. Les galeries sont donc approfondies à plusieurs reprises et elles accueillent pour finir sur leurs parois des chambres funéraires ; parmi elles, la « crypte des papes » au sein de laquelle, entre 235 et 283, tous les évêques de Rome sont déposés, à l’exception du pape Corneille. C’est dans cette crypte où ils célébraient sans doute une cérémonie funéraire que sont arrêtés en 257 le pape Sixte II, l’archidiacre Laurent et les autres diacres de l’Église de Rome qui sont ensuite exécutés – preuve, s’il en est, que la police connaissait parfaitement l’existence du cimetière.

Les recettes expérimentées par Calliste sont reprises tout au long des IIIe et  IVe siècles dans la proche banlieue de Rome pour répondre au nombre croissant des fidèles. Le phénomène est manifeste sur la via Appia où les inhumations sont fort nombreuses, non seulement autour du cimetière de Calliste (au point que la catacombe dite « de Saint-Calliste », née de l’agglomérat de noyaux funéraires originellement indépendants, est le plus vaste des cimetières souterrains de Rome), mais aussi à proximité immédiate où ont pris place la catacombe de Prétextat et celle de Saint-Sébastien, établie sur le lieu-dit ad catacumbas d’où est venu à partit du Moyen Âge le nom de « catacombe ». Mais les autres voies qui desservent Rome comptent également des aires funéraires importantes, comme le cimetière Majeur et la catacombe de Priscille au nord ou, à l’est, le cimetière « Aux deux Lauriers », dit aussi catacombe des Saints-Marcellin-et-Pierre.

Cette dernière catacombe a été réouverte au public au public depuis Pâques 2014, en même temps que le mausolée de l’impératrice Hélène qui a été établi au-dessus d’elle. L’initiative est heureuse, car il s’agit de la nécropole romaine la plus riche en peintures, au point qu’elle passe pour être une « pinacothèque du premier art chrétien », entre les dernières décennies du IIIe siècle et le milieu du IVe siècle. Les visiteurs pourront ainsi découvrir comment les artisans des catacombes ont su s’approprier des images de l’art funéraire du temps, telles le pasteur ou l’orante, pour les lester d’une signification chrétienne ; comment aussi ils ont librement puisé dans le Premier et le Second Testament afin de figurer sur les tombes autant d’images de salut : un salut donné par le Seigneur aux grandes figures d’Israël, Noé, Jonas, Abraham, les Trois Hébreux dans la fournaise, etc., et dont la réalisation a été accomplie en Jésus-Christ, qui a su multiplier les pains, relever le paralytique, guérir l’hémorroïsse, ressusciter Lazare… C’est là une façon de signifier que ce même salut est promis au défunt enterré sous la protection des ces images, accompagnées parfois de représentations de fosssores – les ouvriers et gardiens des catacombes – ou de ces banquets que les chrétiens, comme les païens, prenaient sur la tombe de leurs défunts.

Tout cela dans un décor riant et fleuri, peuplé à l’occasion d’animaux. Il n’est rien là qui évoque le sombre appareil funèbre auquel nous ont accoutumé les siècles successifs, mais seulement l’expression de la foi intrépide que les premiers chrétiens portaient au salut apporté par le Christ : intemerata fides, comme le dit une inscription romaine du IVe siècle peut-être due au pape Damase.

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Jean Guyon

De l’Académie de Marseille, directeur de recherche émérite CNRS, Aix Marseille université, membre de la Commission pontificale d’Archéologie Sacrée, spécialiste de l’histoire urbaine et de l’archéologie de l’Antiquité tardive, particulièrement l’archéologie chrétienne.