Les Basiliades , un exemple antique mais actuel de l’aide aux pauvres (2/2)

La Basiliade créée par Basile de Césarée (voir Basile, ancêtre d’Ozanam) est un établissement « polyvalent ». Quelles sont ses fonctions ? La première est d’offrir l’hospitalité aux étrangers et aux gens de passage. Cette mission, que l’Etat romain assurait le long des grands axes routiers, au profit notamment des fonctionnaires, des officiers, des commerçants, était élevée au rang d’obligation religieuse par nombre de textes néotestamentaires et le concile de Nicée (325) avait dans le canon 75 (tradition arabe) prescrit la création de maisons de refuge. Ce service de la Basiliade incluait le soin des montures ou des bêtes de somme et ceux qui en avaient la charge. Second secteur pris en charge à la Basiliade, les malades (y compris, semble-t-il, les lépreux), avec des infirmiers et des médecins. Il faut sans doute comprendre que la Basiliade faisait office de « dispensaire », auquel pouvaient se rendre les gens des alentours. Plus tard, l’Eglise byzantine aura des établissements dont les appellations grecques expriment la spécialisation : hospices pour les pauvres, hôpitaux, et même orphelinat ou foyers d’enfants trouvés. Enfin l’évêque de Césarée avait une conception très moderne de l’assistance aux personnes en détresse. A l’époque actuelle, les associations caritatives ou  les organisations non gouvernementales insistent à juste titre sur la nécessité de ne pas seulement apporter des secours ponctuels ou temporaires, mais de permettre aux gens démunis de sortir durablement, voire définitivement de la misère grâce à l’apprentissage et à l’acquisition d’une formation ou d’un métier. Tel est l’aspect novateur de la Basiliade.

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Combien de personnes pouvaient y recevoir de l’aide simultanément ? Nous ne disposons d’aucun document, mais un effectif d’une ou deux centaines n’est pas du tout impossible. La direction d’un tel ensemble requérait de son responsable de grandes qualités humaines et administratives, sans parler de la comptabilité des matières premières nécessaires et des produits manufacturés. Basile confia la Basiliade à des moines. Elle devint ainsi un établissement monastique d’un type particulier. Nous connaissons même le nom du premier ( ?) directeur, le moine-évêque Prapidius ; plus tard un autre, nommé Sacerdôs, fut en même temps supérieur de la communauté monastique adjacente.

De la même manière qu’en France les établissements privés s’efforcent de trouver des subventions des pouvoirs publics, les hospices de Cappadoce devaient s’assurer des moyens de subsistance. Par définition, les bénéficiaires, dépourvus de ressources, ne pouvaient pratiquement pas payer leur séjour dans ces maisons. Comment faire alors ? Basile comptait visiblement d’une part sur des fonctionnaires impériaux compréhensifs, de conviction chrétienne, pour qu’ils fournissent une aide sur leurs propres deniers ou que les agents du fisc puissent y consacrer quelques ressources des fonds publics. D’autre part, les sources cappadociennes nous apprennent que, comme à toutes les époques, certains fidèles font des legs substantiels aux œuvres. Une autre manière de soulager ces hôpitaux-hospices-hôtelleries, c’est d’obtenir des exemptions fiscales. Peut-être (les textes ne le disent pas), certains produits manufacturés sortis des ateliers de la Basiliade, qui n’avaient pas été réemployés sur place, étaient-ils vendus au marché. C’est d’autant plus vraisemblable que les « règles » monastiques basiliennes mentionnent des déplacements de moines au marché.

Il est pour la Basiliade une source de revenus qui n’est pas indiquée, mais que l’on peut déduire aisément d’autres textes. Les « règles » et même la correspondance (lettre 150, 3) font- référence à « celui à qui l’on a confié l’administration du bien du pauvre ». Entendons par là que Basile, comme plus tard les législateurs monastiques et les fondateurs de congrégations, a éprouvé les difficultés que présente la répartition de biens importants apportés par les « novices » et qui sont destinés aux pauvres et aux malades. Il s’agit à la fois d’ôter aux moines entrant dans une fraternité les soucis qui en découlent (tout en observant les dispositions légales nécessaires) et d’assurer une bonne gestion de  ces biens, par un « professionnel » pourrions-nous même avancer.

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Benoît Gain

Benoît Gain

Agrégé de lettres classiques, Benoît Gain est professeur émérite de l’Université Stendhal-Grenoble III depuis septembre 2008. Vice-président de l’Association Internationale d’Études Patristiques, il est un spécialiste reconnu des études chrétiennes antiques. il a notamment publié "L’Église de Cappadoce au IVème siècle d’après la correspondance de S. Basile" (Rome, 1985), puis s’est intéressé, pour sa thèse, aux "Traductions latines de Pères grecs" (Berne, 1994).