Le tourisme, une chance pour la Normandie

Le tourisme, une chance pour la Normandie
Etudes normandes n°9-2019
Coordination : Guy Pessiot et Bruno Lecoquierre

Saviez-vous que les bains de mer sont attestés en Normandie dès 1778, sous la forme d’une maison de santé installée à Dieppe, qui reproduit en France une pratique qui s’était développée à Brighton, en Angleterre, depuis le milieu du XVIIIe siècle ?
Saviez-vous que la ligne de chemin de fer Paris-Rouen fut la première grande ligne en France, mise en service dès 1843, avec prolongement vers Dieppe en 1847, inaugurant ainsi ce qui s’appellera plus tard les « trains de plaisir », très appréciés le dimanche par les parisiens ?
Deux signes qui montrent que la Normandie fut une des premières régions touristiques en Europe.

C’est ce que nous apprennent François Guillet, historien et Jacques Belin, membre du comité régional du tourisme, dans le dernier numéro de la revue trimestrielle Études normandes.

Les voyageurs anglais ont tenu un rôle important dans cette « invention du tourisme », avant même celle des chemins de fer. « Poussés par la vogue du Gothic Revival et l’essor de la peinture de paysage ils viennent explorer ce que les revues anglaises de cette époque appellent « leur province d’outre-mer » … » (F. Guillet) A partir de 1825, les progrès de la navigation à vapeur font le succès de la liaison entre Le Havre et Rouen.

Bateau Le Normandie p 17 coll G Pessiot

L’arrivée du chemin de fer accélère le processus touristique. L’année même de l’ouverture de la ligne Paris-Le Havre (1847) les voyageurs peuvent disposer d’un guide touristique.

Guide voyage 1847 p21 coll G Pessiot

S’esquisse alors une sorte d’âge d’or du tourisme en Normandie. En quelques années des investissements majeurs, initiés notamment par des parisiens, sont à l’origine de belles stations balnéaires, toujours très fréquentées aujourd’hui : Cabourg dès 1854, Houlgate en 1858, Deauville en 1860, sous l’impulsion du duc de Morny, demi-frère de l’empereur Napoléon III. En face de Deauville, sur l’autre rive de la Touques, Trouville n’hésite pas à se dire « la plus belle plage du monde ».

Trouville p 22 BNF

Pour distraire ces touristes on voit se multiplier les casinos (dès 1860 à Granville) et les golfs, très prisés des Anglais, dont un premier modèle est aménagé à Dieppe-Pourville. L’arrivée de l’automobile au début du XXe siècle facilite l’accès à des sites plus retirés. Les Petites Dalles, non loin de Fécamp, ne sont qu’à 3h 45 de Paris, via la gare de Cany et « l’omnibus ».

Les Petites Dalles p23 ADSM

A la fin du XIXe siècle la Normandie attire les peintres impressionnistes Monet, Sisley, Pissarro et beaucoup d’autres. « De Giverny à Honfleur, ces artistes magnifiques vont contribuer à sublimer la Normandie et ses lumières » (Jacques Belin). La série des cathédrales de Monet deviendra emblématique.

Monet Rouen p 48 photo G Pessiot

Ces dernières années, l’impressionnisme est devenu le support d’un tourisme culturel renforcé par l’organisation tous les trois ans d’un festival impressionniste dont la quatrième édition aura lieu en 2020.

Ce numéro historique est aussi économique puisqu’il fait le point sur le poids actuel du tourisme dans notre région, « un concept assez flou qui rapporte gros » comme l’écrit Guy Pessiot, qui a coordonné ce dossier en compagnie de Bruno Lecoquierre, professeur de géographie à l’université du Havre.

Secteur difficile à appréhender, se confondant en partie avec les loisirs, le tourisme représente plus de 40 000 emplois directs en Normandie. C’est un secteur en croissance sensible notamment dans l’ex-Basse-Normandie.
Le numéro présente un focus passionnant sur le boom très spectaculaire des croisières maritimes et fluviales au long de l’Axe Seine… Le Havre a accueilli 129 escales et 386 000 croisiéristes en 2017 ! Et on peut espérer jusqu’à un million de passagers annuels à l’horizon 2025. Sachant que ces touristes étrangers, souvent assez fortunés, sont d’un naturel dépensier, cela représenterait une manne annuelle de 5 millions d’euros pour la seule ville du Havre.

Et que dire des croisières fluviales sur la Seine, inexistantes dans les années 1990, et qui ont concerné plus de 100 000 passagers en 2017, se partageant entre 19 bateaux qui desservent les grands sites touristiques séquaniens : Giverny, Château-Gaillard, Rouen, les abbayes de la Basse Seine, Rives en Seine, Honfleur.
Dans un autre registre, la Normandie est devenue, « avec près de quatre millions et demi de visites, la première région française pour le tourisme de mémoire » (Jean-Jacques Lerosier). Elle le doit évidemment à son rôle décisif dans la seconde guerre mondiale lors du débarquement allié sur ses côtes. Le cimetière américain de Colleville est le site mémoriel le plus visité de France.
L’année 2019 sera à marquer d’une pierre blanche. A la célébration des 75 ans de ce débarquement sur les plages du Calvados et de la Manche viendra s’ajouter le trentième anniversaire de l’Armada de Rouen dont la septième édition du 6 au 16 juin devrait attirer des millions de spectateurs. Ces deux événements majeurs sont donc naturellement à l’honneur dans ce dossier.

Un numéro à lire sans modération !

Études normandes n°9-2019, 8,90 €. En vente en librairie ou en ligne sur le site Internet www.etudesnormandes.fr

Gérard GRANIER
Président d’Études normandes

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