Laïcité, ça sent le sapin !

A l’heure de la laïcité, la tradition du sapin ferait grincer plus d’une dent, si son histoire était plus connue. Et pourtant elle est empreinte de tant de magie et d’histoire nationale !

Saviez-vous que le mot sapin (du latin sabaudia) a donné son nom à la Savoie que les Romains voyaient déjà comme couverte de cet épineux des montagnes ? Pourtant ce n’est pas de cette noble terre qu’est venue la tradition qui réjouit le cœur des enfants de tous âges.

Il semble même que l’origine en soit fort éloignée, puisqu’il nous faut nous tourner vers les Celtes qui, 2000 ans avant la naissance de l’enfant Jésus, vénéraient le 24 décembre, jour de tous les recommencements, la renaissance du soleil, en vouant un culte à l’épicéa. On décorait alors l’arbre des enfantements de fruits et de blés.

Ce n’est qu’en 354 que l’Église décide à son tour de fixer la célébration de la nativité au 25 décembre, symbole du renouveau des jours qui grandissent.

Légende probablement étiologique, mais néanmoins charmante, la tradition du sapin reviendrait à une œuvre évangélisatrice de saint Boniface qui, au VIIème siècle, pour convaincre les druides germains que le chêne n’était pas un arbre sacré, en abattit un qui, en s’écroulant, écrasa tout sauf un sapin. En souvenir de ce miracle de la foi, la sapin devint symbole de l’enfant Jésus à la crèche.

C’est au XIème siècle, semble-t-il, que le sapin se garnit de boules rouges, symbolisant l’arbre du paradis.
Le sapin de Noël, ainsi dénommé pour la première fois en 1521, en Alsace, est paré de fruits ou de petits gâteaux et, petit à petit à la même époque, de l’étoile de Bethléem.

Fait notable dans notre ambiance laïque, ce sont les protestants qui développèrent cette tradition pour se démarquer des catholiques.

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Tout aussi notable dans le même contexte, la belle-fille du roi des Français, Louis-Philippe, la duchesse d’Orléans, originaire d’Allemagne, en fait déposer un aux Tuileries et demanda au roi son beau-père qu’il soit généralisé à toute la France. Ce qui fut le cas après la guerre de 1870, notamment par l’afflux de réfugiés alsaciens.

Au XVIIème siècle commencent alors les illuminations des sapins par de petites coquilles de noix d’où brûlait de l’huile.

Cette tradition « orléaniste » est aujourd’hui largement fêtée au château d’Amboise, dont les derniers propriétaires furent les richissimes Orléans. Et si vous vous promenez dans étages comme dans les allées du château de Charles VIII, vous ne pourrez échapper à cette féérie, témoin de belles pages de notre histoire laïque et nationale !

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Charles Montmasson

Docteur en histoire, Charles Montmasson est un médiéviste passionné, spécialiste des XIII-XVèmes siècles et de la Normandie ducale