L’accompagnement des mourants- In hora Mortis 3

Existait-il un rituel d’accompagnement des mourants dans l’Église ancienne ? Le viatique, communion des mourants, existait-il ?

– Le viatique pour les pénitents moribonds

La pratique est attestée dès le IIIe siècle. En 252, Cyprien en fait état pour ceux qui sont tombés pendant la persécution et qui sont en danger de mort : il faut les admettre à la communion afin qu’ils ne meurent pas hors de l’Église. Le concile de Nicée ( 325) le confirme. Cette communion est appelée viatique (pécule pour le voyage, provision de route) ; c’est un processus de réconciliation, non le sacrement des mourants.

– Des mourants exemplaires

Quelques textes hagiographiques font état ou non de la réception du viatique par de saints personnages.
Pour Ambroise, mort en 397, la réception du viatique apparaît comme une opportunité miraculeuse : « Dans les moments de son grand départ vers le Seigneur,…il pria avec les mains étendues en forme de croix . L’évêque de Verceil, Honoratus, …entendit à trois reprises la voix de quelqu’un qui l’appelait et qui lui disait : “Vite, lève-toi, car il va partir à l’instant !” Il descendit et offrit à notre saint le corps du Seigneur ; l’ayant reçu et avalé, il rendit l’esprit, emportant avec lui ce bon viatique » (Paulin de Milan, Vie d’Ambroise, 47).

Saint Germain d’Auxerre, mort en 448, annonce sa mort à la suite d’un songe : « Je me voyais, cette nuit, pendant mon sommeil, recevoir de notre Seigneur un viatique pour un lointain voyage et, quand je m’informais de la raison, il me répondit : “ Ne t’effraie pas, c’est vers la patrie et non vers une lointaine destination que je t’envoie, pour que tu y trouves le calme et le repos éternel” » (Constance de Lyon Vie de Germain, 41). Le viatique est ici en relation avec le voyage de l’âme après la mort physique, mais il n’est pas dit que Germain l’a reçu.

Pour Augustin le chrétien doit vivre en état de pardon grâce à une pénitence quotidienne, en se reconnaissant pécheur . Sson biographe, Possidius écrit : « Il avait l’habitude de nous dire … qu’après le baptême, même les chrétiens dignes de louanges et les prêtres ne devaient pas quitter leurs corps sans avoir fait une digne et convenable pénitence. C’est ce qu’il fit lui-même lors de la dernière maladie dont il mourut : il avait fait recopier les Psaumes de David sur la pénitence … et, couché dans son lit, pendant sa maladie, il contemplait et lisait les feuillets accrochés au mur, et il ne cessait de pleurer abondamment » (Vie d’Augustin, 31, 1-2). Ainsi Augustin confesse sa condition de pécheur et fait acte d’humilité, implorant la miséricorde de Dieu.

Le bon larron accueilli au Paradis

– La pénitence à l’heure de la mort

Sans qu’il s’agisse d’un rituel, la pratique d’accorder la pénitence au mourant qui en fait la demande, suivie de l’imposition des mains et de la communion, marque la réconciliation à l’heure de la mort. En 405, le pape Innocent Ier prescrit qu’il faut donner la communion comme un viatique à tout mourant pécheur qui demande la pénitence in extremis ; elle est justifiée par la miséricorde divine.

En 428, le pape Célestin Ier est indigné quand il apprend qu’en Viennoise et en Narbonnaise, on refuse la pénitence aux mourants : c’est désespérer de la pitié de Dieu ! Il s’appuie sur l’exemple du bon larron pardonné et exaucé à l’heure de la mort : le pardon est immédiat car l’abandon à la miséricorde divine est le seul remède au péché. On doit en toute circonstance porter secours au mourant. La perte de la parole et même la perte de connaissance ne sauraient empêcher l’administration de la pénitence, si l’intention est avérée ; dans ce cas la confession des péchés passe au second plan. La pénitence est une préparation à la bonne mort. En gage d’espoir, le mourant reçoit la communion; c’est un soutien pour sa foi au moment du passage et un signe du don gratuit de la grâce.

La pénitence in extremis est encouragée à partir du Ve siècle . Communier dans les derniers instants est un geste d’abandon confiant en la divine miséricorde. S’il y a bien une pastorale des mourants et de la bonne mort, il n’y a pas encore de rituel particulier ; les premiers rituels apparaissent à l’époque carolingienne.

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.