La vulgarisation de l’écriture par l’alphabet (de l’oral à l’écrit partie 3)

C’est l’aboutissement, au cours du IIe millénaire, dans la région du Levant, d’une évolution qui conduit à un système phonétique consonantique qui isole les sons de base (de 20 à 30), adaptable à de nombreuses langues différentes. Les documents les plus anciens furent trouvé en 1905 dans des mines de turquoise du Sinaï exploitées par les Egyptiens avec des ouvriers et des fonctionnaires sémites, du XVIIIe au XIe siècle av. J.-C. Ils présentent un alphabet de 25 à 30 signes ; chaque symbole a la valeur phonétique de l’initiale de son nom en langue sémite, ainsi une tête de bœuf aleph note la lettre a, une maison bayit la lettre b, une porte dalt le d. Parallèlement des documents  ont été trouvés à Ugarit/Ras Shamra, sur la côte de la Syrie du sud, lors de fouilles en 1928. Il s’agit de tablettes en cunéiforme babylonien (XVe-XIe s.) mais avec des signes simplifiés formant un alphabet de 29 signes. En Palestine des inscriptions proto-cananéennes sont à l’origine, par schématisation progressive des signes, de la mise au point de l’alphabet phénicien ; il s’agit d’un alphabet proto-sémitique qui est à la racine des écritures nord-arabes et sud-arabes de l’Arabie Heureuse dont dérive l’écriture éthiopienne.

Vers 1000 av. notre ère l’alphabet phénicien est attesté sur le sarcophage du roi Ahirom de Byblos. Il se diffuse et se différencie en alphabet hébreu, araméen dont sont issus l’hébreu carré actuellement en usage et l’écriture arabe par l’intermédiaire du nabatéen ou du syriaque, et certaines écritures de l’Inde du nord, ou encore le punique (en usage à Carthage). Il a été repris par les Grecs au Xe ou au IXe-VIIIe s. en utilisant des signes correspondant à des sons que leur langue ne possédait pas pour noter les voyelle, donnant ainsi le premier alphabet qui note tous les sons d’une langue. Les alphabets étrusque, latin et cyrillique en découlent.

Purement phonétique, l’alphabet isole tous les sons de la langue ; c’est un système simple, facile à maîtriser, potentiellement accessible à tout le monde et utilisable pour différentes langues.

 

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.