Dernière minute
Accueil » De lettre et d'esprit » Histoire » La redécouverte des Hittites : une enquête policière
La redécouverte des Hittites : une enquête policière

La redécouverte des Hittites : une enquête policière

Les Hittites sont un peuple ancien de l’Anatolie centrale, attesté du XIXe au XIIe siècle avant J.-C. Il établit sur un territoire qui comportait déjà de petits royaumes, une souveraineté, puis un état qui devint royaume puis empire, doté d’une culture et d’un art propres. Il fut suffisamment puissant pour entretenir des relations avec l’Égypte, puis déclina jusqu’à disparaître et tomber dans l’oubli. Il n’a été redécouvert qu’au début du XIXe siècle. Peuple étrange, mythique, Cyrano entame là une série de plusieurs articles consacrés à cette civilisation longtemps connu que par de simples allusions bibliques et présentée par Louis Quélennec

 Hattusa : appareil cyclopéen

Hattusa : appareil cyclopéen

Des rois hittites sont signalés dans la Bible et étaient tenus comme les égaux des rois d’Égypte. Pour autant, ils ne sont pas passés à la postérité, jusqu’à la redécouverte de leur civilisation. Avant bien des découvertes en Égypte et le déchiffrement des hiéroglyphes par de Champollion, Jean-Louis Burckhardt, un archéologue suisse, remarqua, à Hama, dans l’actuelle Syrie, une pierre recouverte de signes totalement indéchiffrables, encastrée dans le mur d’une maison. Ces signes furent décryptés plus tard comme des hiéroglyphes hittites.

Puis dans les années 1830, un archéologue français, Charles Texier, part en Asie Mineure à la recherche de la ville romaine de Tavium, en Cappadoce ; mais il tombe, sur une montagne située près du village de Bogazkoy, sur les vestiges d’une ville nettement plus ancienne ceinte de murs cyclopéens d’un type jusqu’alors inconnu. Des missions exploratoires suivirent, qui mirent au jour plusieurs monuments.

A la fin du XIXe siècle, une mission française, sous la conduite d’Ernest Chantre, découvrit des tablettes en écriture cunéiforme, sur lesquelles on reconnut deux langues, l’une connue l’akkadien, l’autre inconnue.
Au début du XXe siècle, le sultan Abdul Hamid II confie les fouilles à des archéologues allemands. La première campagne de fouilles commença en 1906, affaire toujours en cours.

Tablette d'écriture cunéiforme hittite

Tablette d’écriture cunéiforme hittite

Furent mis au jour un palais royal et des archives sous forme de tablettes en caractères cunéiformes, en akkadien, langue connue, textes traitant entre autres de correspondance internationale. Découverte essentielle : on retrouva la version en akkadien d’un traité conclu en -1270 entre Hattusili III et le pharaon Ramsès II, dont on connaissait la copie dans le temple de Karnak. Les Allemands arrivèrent à la conclusion que le site qu’ils fouillaient était la ville de Hattusa : ils venaient de découvrir l’ancienne capitale des Hittites.

1. D’où venaient-ils ?

Diverses origines ont-été proposées : autochtone (Anatolie) ? Proche Orient ?

Lors des recherches qui se poursuivirent, les archéologues recensèrent sept langues dans les textes exhumés, dont trois étaient connues : akkadien, hourrite et sumérien.

Mais parmi les quatre restantes, un savant tchèque, B. Hrozny, mit en évidence que trois d’entre elles étaient d’origine indo-européenne, d’une grande similitude, et de la même famille que le grec et le latin. Il reconnut, par exemple, le mot « watar », qui signifiait « eau », à rapprocher du « water » anglais et du wasser germanique. Ce fut la grande découverte qui permit d’affirmer que les Louvites, les Palaïtes, et les Nésites qui deviendront les Hittites, locuteurs des trois langues décryptées, venaient du nord. Quant à la quatrième langue, c’était la langue indigène, le hatti, qui deviendra la langue liturgique des Hittites.

Ce peuple, à l’origine de ce qui sera l’Empire hittite, fait donc partie des populations indo-européennes des régions du sud de la Russie actuelle (les historiens semblent s’accorder sur cette donnée) qui commencent à migrer vers le sud, dès le début du IIIe millénaire, à travers les Balkans et par les détroits, où en contournant la mer Noire. Ils étaient attirés entre autres par la richesse en minerais de cuivre et de fer. Dans une chronologie difficile à établir, les historiens retiennent néanmoins ~2500 comme date probable de l’arrivée de la première grande vague indo-européenne en Asie Mineure.

hittites-3

2. Où s’établirent-ils ?

Cette population nouvelle s’établit sur les hauts plateaux d’Anatolie centrale, dans un domaine étendu, bordé au sud par le Taurus, faisant ligne de partage des eaux entre mer Noire et mer Méditerranée ; au nord, par les hauteurs qui bordent la rive sud de la mer Noire ; à l’est, par le bassin de l’Euphrate supérieur et, à l’ouest, par une région qui fait le lien entre les hautes terres et la mer Egée.

hittites-4

L’établissement originel se fit dans le bassin de l’Halys (aujourd’hui Kizilirmak), qui portait au IIIe millénaire le nom d’Hatti, terme désignant à la fois le territoire (le Hatti), le peuple (les Hattis) et la langue qu’il parlait (le hatti). C’est l’origine du terme « hittite ». Les Nésites, les futurs Hittites, s’installèrent plus précisément autour des villes de Kussara et Kanesh.

hittites5

3. Le peuple Hatti et l’époque pré-hittite.

Les Hattis se seraient installés dans la région en -2800/-2500, mais restent mal connus (très peu de sources directes). Ce peuple d’origine non indo-européenne et non-sémitique, était doté d’une culture raffinée et d’une religion propres ; de civilisation urbaine, il était organisé en cités et royaumes, de dimensions assez modestes, contrôlés par des dynasties locales, souvent rivales, qui avaient fait allégeance au roi qui avait installé sa capitale à Hattusa. Il était en relations commerciales avec les Assyriens qui avaient installé des comptoirs surtout en Cappadoce. Il eut à subir les assauts de Sargon qui monta une expédition militaire dans les années -2300/-2200, en vue de défendre ces comptoirs.

hittites6

Aux XIXe et XVIIIe siècles, des sources directes assez nombreuses (pour l’essentiel des tablettes cunéiformes : pièces de comptabilité, contrats, minutes de procès, etc…) montrent que cette région est d’abord l’affaire des comptoirs assyriens, installés en raison de la richesse de l’Anatolie. Les Assyriens vivaient en communauté isolée et détenaient le pouvoir économique ; ils étaient en particulier les maîtres du crédit et contrôlaient la circulation des métaux. Mais à Kanesh par exemple, le pouvoir politique était détenu par des princes hittites installés dans les palais qui dominaient les bourgs marchands.

A la même époque, un mouvement d’unité politique s’amorça en Anatolie, conduit par le roi de Kussara, Pithana (~-1850/-1800 ?) qui s’empara de Kanesh. Il met en place un système archaïque, mais efficace, de vassalité, terreau du futur Empire Hittite.

Son fils Anitta (~-1780/-1750) continua l’œuvre entreprise, fit de Kanesh sa capitale et unifia la Cappadoce sous son autorité. Il battit le roi du Hatti Piyushti, qui essaya de prendre sa revanche. Cette fois, Anitta écrasa Piyushti qui se retira dans sa capitale fortifiée, Hattousa, dont Anitta fit le siège jusqu’à ce que la famine affaiblisse la ville qui fut prise d’assaut en une nuit. Anitta mit fin au royaume hatti en détruisant Hattousa en -1728, fit répandre du sel sur le site afin de conjurer toute velléité de réoccupation de la ville. La Proclamation d’Anitta est le plus ancien texte connu en langue hittite. Il fait état des événements qui ont mené à la fondation de l’Ancien Empire Hittite. Anitta fut le premier Roi du Moyen-Orient à prendre le titre de Grand Roi (Lugal gal).

La succession d’Anitta et l’histoire postérieure du royaume de Kussara sont aujourd’hui inconnues. On constate la ruine des comptoirs assyriens et la destruction de Kanesh, peut-être même du temps d’Anitta. Même l’écriture semble avoir été oubliée. De cette civilisation, il reste assez peu de vestiges, essentiellement des objets métalliques (or, argent, bronze).

S’ouvre alors une période obscure de près d’un siècle, jusqu’aux environs de -1650, avec l’avènement de l’Ancien Empire Hittite. Et même si les rois hittites portèrent plus tard le titre de « homme de Kussar », pour signaler leur filiation avec Anitta, comme preuve de leur légitimité, cette période fut une rupture.

Sources : Isabelle Knock-Fontanille , « Les Hittites », collection « Que sais-je »

Lire la suite – L’ancien royaume

Commentaires

commentaire

A propos de La Rédaction