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La question du mariage à Rome : le Pater familias
Un couple joignant les mains devant la pronuba. (©B. McManus.)

La question du mariage à Rome : le Pater familias

Paterfamilias / materfamilias : une question de statut

La nature juridique de l’homme et de la femme se réalise dans leurs titres respectifs de paterfamilias et de materfamilas. On appelait paterfamilias, exclusivement, le citoyen qui n’était plus sous la puissance paternelle (patria potestas) d’aucun ascendant en ligne masculine. L’homme romain devient un pater à la mort de son propre père, et non à la naissance d’un enfant ; il est alors en position d’exercer sur sa descendance le pouvoir d’un père. La patria potestas est un lien juridique au cœur de la division juridique des sexes. Elle est ce lien de droit qui se substitue au lien de nature qui ne suffit pas à la paternité, au contraire de la maternité. C’est le lien nécessaire et suffisant pour ouvrir une succession légitime ; les « héritiers siens » (au sing. suus heres) sont les descendants sous puissance paternelle au moment de la mort du paterfamilias.

Un couple joignant les mains devant la pronuba. (©B. McManus.)

Un couple joignant les mains devant la pronuba. (©B. McManus.)

Le titre de materfamilias est réservé par les juristes à l’épouse légitime d’un chef de famille (pater familias) passée sous l’autorité maritale (manus) ; il concerne l’épouse d’un citoyen pleinement capable juridiquement ; c’est au mariage qu’une femme doit ce statut et il n’y a qu’une materfamilas par famille. Aux IIe-IIIe siècle de notre ère, alors que le mariage sine manu s’est généralisé, on l’applique à toute femme honorable : épouse légitime hors manus, célibataire juridiquement autonome (sui iuris), veuve.

Matrone d'Aquileria

Matrone d’Aquileria

Matrona, terme moins juridique, désigne une femme mariée honorable ; elle acquiert ce statut par le mariage même si elle n’a pas d’enfant. Ceci exclut la jeune fille (uirgo), l’épouse de statut inférieur (paelex), la concubina, la prostituée (meretrix) ou une épouse que sa profession déconsidère : actrice, aubergiste.

Mais un homme prend femme pour en obtenir des enfants : liberorum procreandorum causa ; une femme est mariée pour devenir mère, mais le droit, en forgeant pour désigner l’épouse légitime, le nom de materfamilias fait de la maternité de la femme un statut qui présuppose réalisée par le mariage la fonction que la cité assigne aux femmes pubères : procurer une descendance aux citoyens en comblant leurs maris d’enfants. Mais ce terme de statut demeure indépendant de la maternité.
Une mère n’a pas la patria potestas donc elle n’a pas d’ « héritiers siens » ; les enfants ne peuvent hériter de leur mère que si elle les a inscrits sur son testament.

(A suivre Aspect juridique du mariage romain)

Voir aussi le mariage à Rome 1- l’homme et la femme

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A propos de Françoise Thelamon

Françoise Thelamon
Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.