La Normandie dans la Grande Guerre

La Commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale est une cause nationale, un enjeu de mémoire, alors que dans bien des familles le souvenir en reste vivace même si ceux qui pouvaient encore en parler il y a quelques années ont maintenant disparu.

La mobilisation générale, annoncée le 1er août 1914 par voie d’affiche ou par le tambour de ville dans chaque ville et village de France, fut effective le 2 août : toutes les familles étaient concernées. Elles le furent durant quatre ans, tant pour les hommes sur le front que pour les familles à l’arrière, que pour toute la population mobilisée dans l’effort de guerre. Elles le furent bien plus longtemps encore, et pour certains à vie, dans le deuil des soldats tués, dans la souffrance des blessés, mutilés et « gueules cassées », dans la souffrance des veuves et des orphelins. Elles le furent à la fin de la guerre dans le soulagement de l’armistice, dans la joie, pourtant accompagnée de larmes, de la victoire, dans l’espoir que cela ne se reproduirait pas que c’était la « der des der ». Toutes les régions en portent encore la trace : cicatrices qui marquent le paysage dans les zones de combat, cimetières militaires, présence dans chaque commune d’un ou de plusieurs monuments aux morts, véritables « Gardiens de la Mémoire », inscription dans le paysage urbain par des noms de rue évocateurs.

Si les régions de l’Est et du Nord de la France, les « pays envahis », ont subi durant toute la guerre une occupation très lourde affectant toute la population : privations de toute nature, réquisition des civils, y compris les enfants, pour toutes sortes de travaux, la Normandie, elle, a connu à deux reprises la peur de l’invasion, suite au raid allemand sur le viaduc ferroviaire de Oissel, en septembre 1914, et de nouveau lors de l’offensive allemande du printemps 1918, mais c’est avant tout comme région située à l’arrière du front, qu’elle a vécu la Grande Guerre.
Proche du front et des combats, la Normandie a vu affluer les réfugiés du Nord, de Picardie et de Belgique, dans l’urgence elle les a accueillis.
Le grand nombre de soldats blessés pris en charge a fait de chaque cité de Normandie une ville-hôpital : écoles, bâtiments publics sont aménagés pour les soigner. Tandis que les médecins normands contribuaient à l’apparition d’une médecine répondant aux pathologies et traumatismes liés aux nouvelles formes de guerre, la population civile, les femmes en particulier, était sollicitée.

La Normandie a également été la porte d’entrée des troupes britanniques provenant tant de Grande-Bretagne que de l’empire tout entier ; leur présence a fait momentanément de Rouen « une ville anglaise » et même une ville cosmopolite, alors que le gouvernement belge en exil avait trouvé refuge à Sainte-Adresse, près du Havre. Les traces de cette présence alliée dans la région sont encore visibles aujourd’hui avec le grand cimetière britannique sur la rive gauche de Rouen, à côté même du monuments aux morts de la ville de Rouen, ou le secteur belge du cimetière de Bonsecours. Sans oublier les noms des boulevards de Rouen évocateurs de cette présence, tel le boulevard des Belges, et des grandes zones de combat, ainsi le boulevard de la Marne et le boulevard de l’Yser.

En raison de la position stratégique de la Normandie, la vie économique a connu des transformations spécifiques : port le plus proche du front, Rouen devint le premier port de France.

Dans le cadre de la Commémoration du Centenaire de la Première Guerre mondiale, l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen a organisé un colloque international : « La Normandie dans la Grande Guerre », les 16-17 mai 2014, plusieurs conférences et visites de sites mémoriels, une Lecture-spectacle « Journal d’une escouade », à partir de l’œuvre d’Henri Barbusse, Le Feu, le 6 décembre 2014. Les Archives départementales de la Seine-Maritime ont présenté une exposition à partir d’avril 2014.

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Françoise Thelamon

Françoise Thelamon

Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.