La liberté des Grecs suppose-t-elle la liberté du Grec ? Le rêve caché d’une démocratie d’aristocrates – Première partie : l’aporie athénienne

Nous entamons ici une série d’articles sur la démocratie athénienne et la liberté. Prise comme exemple absolu des démocraties actuelles, mais pourtant fort méconnue, Athènes la démocrate est un jeu d’ombres et de lumières. C’est ce que cette étude suivie vous propose de découvrir au fil des semaines à venir.

L’aporie athénienne

La démocratie grecque n’est pas sans poser de multiples questions que les contemporains de Solon ou de Démosthène ne manquèrent pas, sinon de se poser du moins de résoudre. Nombres de contradictions, apparentes au moins, suscitent en effet l’interrogation de l’historien, comme elles ont, semble-t-il, provoqué la gêne des démocrates athéniens eux-mêmes. Une gêne pourtant contournée de diverses manières et avec plus ou moins de ce que nous appellerions aujourd’hui « d’honnêteté intellectuelle ». Entre des opportunistes, jouant avec le système et ses failles et des démocrates convaincus (tel Démosthène), essayant de tirer le meilleur de ce même système, sans cesse en évolution, les intentions ne sont pas les mêmes. Et pourtant, c’est bien autour de ce qu’Yves Barel qualifie comme l’aporie athénienne que les uns et les autres vont tourner, pour parvenir à leurs fins, qu’elles soient individuelles (comme le pouvoir ou l’argent) ou en vue de l’intérêt général.

Parmi ces nombreuses interrogations et apparentes contradictions, relevons celle qui, peut-être, heurte le plus le contemporain, et qui s’articule autour de la liberté des grecs. Avant de nous arrêter sur cette liberté en elle-même, notons que, dans le cas athénien, le moteur, politique et international , que représente cette liberté est aussi le moteur de la grandeur de la cité et de son hégémonie . Et c’est en cela que réside cette apparente contradiction. Pour promouvoir et assurer la liberté des Grecs, Athènes est contrainte de les dominer, l’empire athénien devenant alors la condition de la liberté, non pas des grecs, mais d’Athènes. Ici se situe tout le paradoxe de cet empire fondé sur la défense de cette liberté, mais contraint de la refuser à ceux qui sont sous sa domination. Une telle rupture suppose un discours idéologique faisant de la liberté des Grecs une nécessité à garantir par la force. Ce discours à destination des Athéniens ou des grecs, revêt plusieurs formes selon qu’il galvanise les citoyens de l’Attique ou qu’il s’adresse aux cités sous domination. Dans les deux cas, Athènes est présentée comme le modèle abouti de la défense face à la menace considérée comme omniprésente du Grand Roi (de Perse). Ici prend corps d’une façon renouvelée la supériorité athénienne. Une idéologie nécessaire pour justifier cette hégémonie. Supériorité dans l’ancienneté, dans l’autochtonie et donc dans la démocratie.

Ainsi, démocratie et liberté semblent liées dans leur survie. L’empire, construit sur cette défense de la liberté, est la garantie de la véritable liberté des Athéniens et donc du régime démocratique.

Il est notable, du reste, que ce dernier ne cesse d’évoluer au gré des aléas même de l’empire. Il évolue dans les faits, mais aussi dans ce qu’il dit de lui-même, c’est-à-dire de la propagande plus ou moins officielle. Loin d’être unanimement acceptée, la démocratie doit faire face à de nombreuses oppositions internes à tendance oligarchique ou aristocratique. Ces oppositions peuvent à l’occasion s’appuyer sur des soutiens extérieurs menaçant ainsi (et de plus en plus au Vème siècle) l’autonomie. Cette double agression (intérieure et extérieure) va conduire à une idéologie démocratique mise en place par les démocrates, au moment même où la démocratie comme l’empire sont en difficulté. Ainsi, la réalité, comme la pensée, vont modifier le contenu même de cette liberté des Grecs dont le rôle géopolitique va parallèlement évoluer notablement.

à suivre donc

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est journaliste du vin, critique gastronomique, historien, philosophe et ancien chef d'orchestre Diplômé de maitrise du vin, il est dégustateur et formateur, journaliste et critique gastronomique pour plusieurs magasines ou sites. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique, rédiger un guide oenotouristique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il a été directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il en est le directeur de la rédaction. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre