Il y a 100 ans, l’attentat de Sarajevo…

Dimanche 28 Juin 1914 : l’archiduc François-Ferdinand, en cette belle matinée ensoleillée, visite la ville de Sarajevo en Bosnie-Herzégovine. C’est un jour particulier pour François-Ferdinand : c’est son 14e anniversaire de mariage, mariage morganatique, effectué sans l’accord de son oncle, avec une femme (Sophie) qui n’est pas de sang royal, ce qui exclut de facto de la succession leurs enfants. Ce n’est pas le seul désaccord entre François-Ferdinand et François-Joseph. Ce dernier est influencé par le général Conrad Von Hötzendorf, partisan de la guerre. François-Ferdinand au contraire, est favorable à une gestion plus souple de l’empire, notamment envers les minorités balkaniques et à une politique apaisée envers la Serbie voisine. En réalité, ce n’est pas François-Ferdinand qui sera assassiné mais l’archiduc héritier de l’empire des Habsbourg, qui occupe la Bosnie-Herzégovine.

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L’empereur François-Joseph et son neveu François-Ferdinand

La province a été annexée en 1908, mais la population n’en tient pas franchement rigueur à l’Autriche. Il faut tout d’abord se rappeler que la Bosnie-Herzégovine est une province multiethnique : 51% de serbes, 15% de croates, 30% de musulmans, ces deux dernières catégories soutenant beaucoup la double monarchie. La veille, le couple a effectué des achats dans la ville, acclamé par la foule, et de nombreuses manifestations et pogroms anti-serbes ont eu lieu les jours précédents. Malgré ce léger climat de tension, aucune mesure de sécurité particulière n’a été prise ce jour là…

LE COMPLOT DE JEUNE BOSNIE

On l’aura compris : c’est des pro-serbes que viendra l’attentat. Plus précisément de Jeune Bosnie, un groupe nationaliste partisan de la création d’une Yougoslavie (« pays des slaves du sud »). Pour eux, la visite de l’héritier autrichien le jour anniversaire de la bataille du Kosovo Polje (défaite du roi serbe Lazare contre les ottomans en 1389) est une provocation. Le commando des sept conspirateurs est mené par Gavrilo Princip, un jeune bosniaque tuberculeux étudiant à Belgrade, en Serbie. Il n’a pas vingt ans, ce qui interdira à la justice autrichienne de le condamner à mort…

Chaque conjuré a sur lui un revolver (ou un fusil), une petite bombe qu’on actionne en enlevant la capsule, et une dose de cyanure, pour éviter de se mettre à table en cas d’arrestation. Ces armes ont étés fournies par L’Union ou la mort (surnommée La Main Noire), organisation dirigée par le chef des renseignements serbes le colonel Dimitrievic. La Main Noire a également facilité le passage des conjurés d’un pays à l’autre…

10h15 : Quai Appel : L’un d’entre eux, Cabrinovic, brise la capsule de sa bombe sur un réverbère et la lance (la bombe, pas la capsule…). Mais celle-ci rebondit sur la capote du véhicule transportant l’archiduc et explose en dessous de la voiture suivante, blessant gravement ses occupants. Le lanceur tente en vain de se suicider et est arrêté. Aucun autre conjuré ne n’a tenté sa chance, pour diverses raisons (mauvais angle de tir, peur de toucher l’archiduchesse, peur d’être arrêté etc…).

L’INCROYABLE REUSSITE DE GAVRILO PRINCIP

L’archiduc se rend ensuite à l’hôtel-de-ville afin de rencontrer le maire musulman de Sarajevo pendant que Princip, persuadé que le coup a réussi, s’apprête à déjeuner. Sorti de l’hôtel de ville, François-Ferdinand change de programme et tient à visiter les blessés de l’attentat. La voiture, qui n’a pas de marche arrière et s’est trompée de rue, reste donc immobilisée plusieurs secondes.

Tragique ironie : c’est dans la rue François-Joseph qu’est bloquée la voiture et où Princip, de deux balles de revolver, atteint l’archiduchesse à l’abdomen et l’archiduc au cou. Il est immédiatement arrêté et interrogé.

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Arrestation de Gavrilo Princip, qui manque d’être lynché par la foule.

Nous l’avons vu, l’implication du chef des renseignements serbes est bien réelle et, même si le roi de Serbie n’était pas au courant de cette complicité, l’empereur n’est pas décidé à laisser l’honneur de l’Autriche-Hongrie bafoué. D’autant plus que depuis le 24 Juin (4 jours avant l’attentat), l’Autriche a déjà élaboré un plan pour « régler la question serbe »…

C’est ainsi qu’est lancé à Belgrade un ultimatum qui réclame notamment que la police autrichienne puisse intervenir en Serbie comme s’il s’agissait d’une province de l’empire. Contrainte de refuser, la Serbie se retrouvera rapidement en guerre contre l’Autriche-Hongrie.

Le « suicide de l’Europe » vient de commencer.

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Gabriel de Feydeau

Etudiant en droit à l'université Panthéon-Assas