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La femme, un mal nécessaire… dans la mythologie grecque !

La femme, un mal nécessaire… dans la mythologie grecque !

De la naissance à la mort, la vie des citoyens est structurée par des rites, dont le sens est sous-tendu par des mythes qui permettent de penser le monde et de penser la condition humaine dans le monde. A Athènes, la vie de la société, tant familiale que politique, est organisée dans tous ses aspects en référence à des puissances divines dont les fonctions et les modalités d’intervention, dans le cadre d’un panthéon lui-même bien structuré, sont complémentaires, embrassant tous les aspects du réel et de l’imaginaire.
Les dieux grecs, qui ne sont pas des personnes, sont pensés par les hommes, présentés et représentés en termes anthropomorphiques, telle la statuaire qui met en scène la beauté des divinités, même si les images sur les vases sont un peu différentes, montrant les dieux en action, p. ex., des scènes rituelles ou même des monstres comme la Gorgone.
L’implantation des sanctuaires dans l‘espace de la cité, les fêtes qui jalonnent son calendrier, constituent les cadres de la vie politique, tout comme le foyer au centre de la maison enracine la famille dans la terre de la cité et garantit sa continuité à travers les générations, tandis que les rites de passage permettent la croissance harmonieuse de l’enfance à la maturité et l’intégration dans la cité d’adultes accomplis. (voir notre article sur Artémis)

Les mythes permettent, en effet, de penser le cosmos et l’ordre du monde : les puissances divines qui sont en même temps des éléments du cosmos sont venues à l’être sous forme de générations successives issues du Chaos (Béance) initial. Les mythes expriment en termes de génération ce qui est de l’ordre de la structure et permettent de vivre dans un monde stable (depuis la castration d’Ouranos, le ciel ne descend plus sur la terre) et organisé : la souveraineté de Zeus à la suite de combats est fondée sur la force et l’intelligence, dont il est doté plus que tout autre (mariages avec Thémis et avec Métis, qu’il incorpore) ; il garantit l’ordre du monde : cosmique, divin et humain.

Les mythes permettent également de penser la condition humaine mortelle en donnant des réponses aux grandes interrogations existentielles : pourquoi la vie, pourquoi la mort, pourquoi le mal, la souffrance ? Ainsi, fondamentalement, mythes et rites définissent la place des humains « entre bêtes et dieux » et permettent de penser les modes d’alimentation, qui entretiennent la vie.
Alors que les Immortels Bienheureux se nourrissent de nectar et d’ambroisie, de l’odeur suave du fumet des parties de la victime sacrificielle brûlées avec des aromates : « parfum d’agréable odeur »,
les humains sont appelés les « hommes mangeurs de pain » : référence au blé, et au travail du paysan, mais encore faut-il que Zeus envoie la pluie pour que « la blonde Déméter » donne le blé en son temps. Les humains sont aussi « mangeurs de viande ». Ils consomment cuite la chair d’un animal rituellement tué, alors que les bêtes se mangent entre elles ou sont mangées crues.
Il faudrait ici évoquer Prométhée et la fraude sur le sacrifice d’où la répartition rituelle des parts de la victime et la consommation de la viande cuite, rôtie ou bouillie, d’un animal domestique (bœuf, mouton, porc …), victime tenue pour consentante, en occultant la violence. Mais si ce mythe est à l’origine de la fabrication (et non création de la femme), il faut faire des choix et peut-être fera-t-il l’objet d’un autre article.

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Mythes et rites permettent enfin de penser et de vivre la dualité des sexes et leur complémentarité pour la reproduction de la famille et de la cité au travers des générations successives. Car tel est bien le problème des grecs….
Ainsi Pandora est-elle fabriquée par Zeus comme la contre partie de la fraude sur le sacrifice qui faisait suite au vol du feu par Prométhée. La femme est une punition de Zeus. Elle est un « kalon kakon » un beau mal dont les hommes (andres) ne peuvent se passer pour avoir « des fils semblables au père », mais qui, à l’image des déesses, est belle et séduisante et que les hommes entourent d’amour. Mais la femme n’est qu’un ventre. Ventre à nourrir ventre pour porter la descendance. Moindre mal, l’homme peut espérer une bonne épouse qui telle l’abeille Melissa tient bien son foyer. L’homme est condamné quoiqu’il en soit à choisir entre la mort sans descendance ou la vie avec une femme.
Mythes et rites sont donc omniprésents dans la vie des Athéniens. Ils lui donnent sens et repères, constituant, en quelque sorte, l’armature qui structure la société dans le cadre de la polis, comme mode particulier d’organisation politique et sociale. Ils ne relèvent ni d’une démarche de foi ni d’une adhésion personnelle. Néanmoins ils impliquent croyance et exécution correcte de rites qui soudent la communauté civique, dans un système où le politique et le religieux sont totalement intriqués.
Entre Athéna, Athènes et les andres athénaioi l’adéquation est totale.

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).