Comment comprendre l’essor de l’empire Perse ? Première partie- Des rois ambitieux

Nous vous proposons là l’exposé brillant d’un étudiant de Cyril Brun, chargé de cours à l’université de Quimper. Merci à Pierre Le Lay d’avoir partagé son travail

« Le vendredi 15 octobre 1971, le ban et l’arrière ban des puissants de la planète assistent dans les ruines de Persépolis, l’antique capitale des rois de Perse, à un bien curieux spectacle : des soldats défilant au pas cadencé devant un Mohammed Shah Pavlavi couvert de médailles, sans fusils, ni treillis. Ils arborent au contraire des lances, des tuniques de soie multicolores, des colliers de pierreries, de longs cheveux bouclés et des yeux cernés de khôl. Ces Immortels convoqués pour célébrer la fondation de l’empire Achéménide par Cyrus le Grand 2500 ans plus tôt sont l’image vivante des restes archéologiques »
On peut voir à travers cette cérémonie que l’Iran est largement resté très attaché et fier de son héritage historique, en particulier celui de l’empire Perse qui fut fondé il y a plus de deux millénaires avec la prise d’Ectabane par Cyrus II dit « Le Grand » et qui fera ce petit royaume des bords du mont Zagros, le plus grand empire qui n’ait jamais existé sur terre, avant l’arrivé du Macédonien Alexandre Le Grand qui s’emparera de l’ensemble de l’Empire Perse après sa victoire à la bataille de Gaugamèles contre Darius III en 331 avant J-C.

Parler « d’Empire Perse » peut porter à la confusion car il en à existé plusieurs au cours de l’histoire : l’Empire Sassanide, L’Empire Arsacide Parthe, l’Empire Greco-Perse Séleucide et enfin l’Empire Achéménide, dont je parlerais aujourd’hui et plus précisément, de la période entre le début des conquêtes de Cyrus II et la mort de Darius Ier. Ce choix me paraît évident car la période avant Cyrus II, c’est à dire l’installation de la tribu Perse en Iran manque fortement de sources viables à son sujet et est extrêmement floue, d’une autre part je choisis de m’arrêter à Darius Ier car il fut le véritable pilier et le plus célèbre des grands rois Achéménides avec ses nombreuses réformes qui assureront la stabilité de l’Empire.

I. Des rois ambitieux

A. L’Empire Perse fondé par le « Bon Roi » Cyrus II

On dit de Cyrus II qu’il fut le fondateur de l’Empire Achéménide Perse, toute la période allant de sa naissance jusque son combat contre son suzerain mède Astyage fait l’objet de légendes et de mythes qui furent alimentés par les auteurs grecs notamment par Hérodote qui en établira quatre. La présence de ces mythes s’expliquent par le manque de sources sur le sujet et parce que Cyrus II constitue à lui seul une figure emblématique de l’Histoire.

Cyrus II est le fils de Cambyse Ier, roi d’Anzan et de Parsumach et de Mandane, fille du roi mède Astyage, il unifiera les peuples mèdes et perses sous une seule bannière après sa victoire contre Astyage en -550 et fera d’Ectabane sa capitale.
Au contraire de Darius Ier, Cyrus II ne sera pas un roi réformateur mais un roi conquérant, en effet, il n’aura de cesse tout au long de son règne d’étendre les frontières de son empire.

Après la prise d’Ectabane par Cyrus II, Crésus, roi de Lydie, tentera d’envahir les territoires de Cyrus II mais sera vaincu à la bataille de Ptérie en -547 et se repliera ensuite à Sardes, Cyrus II mettra un terme à cette guerre avec la prise de Sardes et l’effondrement de la Lydie l’année d’après.
Harpage, un des généraux de l’armée Perse, va s’emparer une à une des cités grecques d’Asie Mineure
pendant que Cyrus II va conquérir les terres des peuples turbulents d’Asie Centrale (Parthie, Dangriane, Aria, Bactriane, Sogdiane…) qui avaient été soumis par Astyage mais qui s’étaient rebellés après son renversement.

Cyrus II se retourne alors vers l’ouest et s’empare de Babylone en -539 après la victoire à la bataille d’Opis. Le roi Nabonide étant capturé et Babylone, pouvoir central de l’empire Néo-Babylonien aux mains des Perses, ces derniers héritent de tous les territoires qui étaient sous contrôle Néo-Babylonien, y compris les cités portuaires qui permettront le commerce avec les peuples méditerranéens.
C’est lors d’une campagne militaire contre les Massagètes, peuple nomade d’Asie Centrale que Cyrus II trouvera la mort en -530, il sera alors inhumé dans un tombeau à Pasargades en Iran qui existe toujours de nos jours.

Son fils, Cambyse II, héritera alors du trône et poursuivra les projets de conquête de son père. Il envahira en -525 un royaume Égyptien affaibli par la mort de son pharaon Amasis ainsi que par des défections d’alliances.

Comme nous l’avons vu, Cyrus II à eu tout au long de son règne une réelle ambition d’étendre ses frontières et de conquérir des territoires, plus important encore, il va mener une politique de « Bon Roi » avec tous les peuples conquis. A l’instar des rois Achéménides, il sera montrera très tolérant et ouvert aux cultures et religions étrangères, il obtiendra les louanges du peuple de Judée après avoir autorisé plus de 40 000 milles juifs qui avaient étés déportés par les Néo-Babyloniens à Babylone à rentrer en Palestine et leurs restituera les vases d’or et d’argent confisqués. Il fera même construire le temple de Jérusalem sur les ruines du temple de Salomon détruit en -586 par les Néo-Babyloniens.

Il se montrera très bon envers les souverains vaincus qui garderont une très grande autonomie et liberté notamment Astyage qui conservera un train de vie princier ou Crésus qui entrera dans l’entourage du roi et obtiendra même une ville en Médie.
Cette politique, qui sera reprise par son fils lors de la campagne d’Égypte, lui permettra d’éviter beaucoup de révoltes et d’être relativement apprécié par les différents peuples.

B. Darius Ier, un roi polyvalent

Darius Ier, qui régna de -521 à -486 sera un des rois Achéménides le plus célèbre, si ce n’est le plus, il est autant connu pour son ambition de conquêtes et de campagnes militaires qui suis la logique de ses prédécesseurs, que pour pour sa politique de roi réformateur et constructeur.
Son accession au trône est issu d’un complot de nobles visant à éliminer Bardiya, frère de Cambyse II et de s’emparer du pouvoir, n’étant pas de la dynastie des Achéménides au contraire de ses prédécesseurs, il évidement rendre légitime sa royauté aux yeux du peuple et de la noblesse, pour cela il mettra en place un stratagème pour être en quelque sorte « intégré » dans la continuité dynastique des Achéménides, il va également se justifier en disant que la figure divine d’Ahura Mazda lui à remis le royaume pour être souverain et établir autorité sur les peuples.
Son règne fut marqué de la révolte des « Rois Menteurs » au début de son règne en -521 qui failli le renverser, mais également de guerres, c’est lui qui va étendre l’empire perse à sa superficie maximale avec la conquête de la Thrace, de la Cyrénaïque et des îles grecques.

La défaite à Marathon en -490 marqua le début de son déclin, il périra alors en -486 de maladie, laissant le trône à son fils Xerxès qui sera célèbre pour les guerres médiques et notamment la bataille des Thermopyles.

Il sera inhumé à Naqsh-e Rostam, dans un tombeau royal qu’il avait fait construire de son vivant à l’intérieur du mont Behistoun. Sur ce mont figure les « inscriptions de Behistoun » qui est une immense sculpture en relief à même la pierre et qui met en scène Darius Ier, sous le signe protecteur d’Ahura-Mazda, punissant les « Rois Menteurs ».
Il réorganisera l’empire perse grâce à ses réformes sur le plan fiscal avec l’introduction de la monnaie darique ainsi que d’un nouveau système de mesure. Il changera également le système administratif avec ses réformes sur les satrapies et ses taxations et débutera le développement d’une idéologie de pouvoir avec la constructions de palais à Suse et Persépolis.

carte empire perse 1

Sur cette carte, nous pouvons constater l’ensemble des conquêtes effectués entre la période de Cyrus II et celle de Darius Ier :
En orange, nous constatons le territoire d’origine des Perses avant la guerre contre les Mèdes
En jaune, cela représente toutes les conquêtes de Cyrus II au cours de son règne
En vert, cela désigne l’Égypte, qui à été conquise par Cambyse II au cours de sa campagne
Enfin en rouge, est représenté la prise de la Thrace. Chose intéressante, la Cyrénaïque ici n’apparaît pas comme conquise par Darius Ier et la vallée de l’Indus apparaît comme conquise par Darius Ier, or je n’ai trouvé cette information dans aucun ouvrage.

A suivre, les structures de l’empire

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