Charles et Zita de Habsbourg : Les fins de l’Empire (1/3)

En ces temps de déliquescence d’un ordre politique devenu pâle reflet d’une France qui fût grande, il est bon de chercher hauteur et noblesse là où notre proche passé en offre des exemples éclatants.

Si la lecture de l’admirable ouvrage de Jean Sévillia « Zita impératrice courage » est incontournable pour qui souhaite rencontrer les belles âmes du bienheureux Charles d’Autriche et de son épouse, les éternels occupés pourront parer au plus pressé en parcourant ces lignes.

Charles de Habsbourg, petit-neveu de l’empereur François-Joseph, voit le jour le 17 août 1887 à Persenbeug, en Basse-Autriche. Membre d’une dynastie sept fois centenaire, cinquième dans l’ordre de succession au trône à sa naissance, il fallut de nombreuses péripéties familiales et politiques pour qu’il se trouva en position de succéder à son grand-oncle.

Zita naît le 9 mai 1892 en Italie, enfant d’une famille ducale italienne dépossédée de son duché par le royaume de Piémont-Sardaigne quelques années plus tôt : les Bourbon-Parme. Cousine à des degrés divers de la plupart des monarques européens, elle possédait indubitablement une position sociale à même de convenir à un futur empereur.

Mais, plus que leurs conditions de prince héritier et de princesse royale, c’est un goût pour la simplicité et l’authenticité ainsi qu’une foi commune qui attira l’un vers l’autre ces très jeunes futurs monarques. Lors de leur mariage, le 21 octobre 1911, Charles n’a que 24 ans et Zita, 19. Bien que manquant d’expérience, ils possèdent déjà un sens aigu du devoir, et de la responsabilité que représentent leurs lignées. Ils considèrent la royauté comme un service en vue du bien commun, comme l’exercice d’un pouvoir reçu de Dieu et des hommes afin de protéger et de guider leurs peuples.

 Ils considèrent la royauté comme un service en vue du bien commun, comme l’exercice d’un pouvoir reçu de Dieu et des hommes afin de protéger et de guider leurs peuples.

Si le terme ‘peuple’ se conjugue au pluriel pour Charles et Zita, c’est que l’Autriche-Hongrie d’alors est composée d’une mosaïque de peuples de différentes cultures, langues et religions, d’une population considérable de 52 millions d’habitants, unis par l’appartenance à la double monarchie – certains pays incorporés dans l’empire disposent de leur propre souverain, inféodé à l’Empereur. À titre de comparaison, l’Allemagne d’alors ne comptait que 65 millions d’habitants et la France 42 millions.

Le futur couple impérial est certainement doté d’un tel idéal, parce que l’empire dont il prendra un jour la tête est un exemple unique dans l’histoire. Reposant sur les piliers que sont l’Église, l’armée et l’administration, l’Autriche-Hongrie est un État de droit moderne, voire avant-gardiste : droits de propriété et d’association, congés payés, suffrage universel, égalité devant la loi, droit d’accession de tous aux fonctions publiques, liberté de conscience et d’expression, liberté de circulation ; la liste est longue. L’armée dispose d’un règlement rédigé en  douze langues et d’aumôniers de six rites différents. L’économie prospère malgré la crise de 1873 et Vienne, joyau de culture et refuge de génies en tout genre, est cinquième métropole mondiale.

La fonction impériale semble ainsi tenir ses promesses de protection du peuple, de garantie des droits nécessaires à leur épanouissement, d’unité nationale au-delà des différences, de paix et de justice sociales malgré les codes d’appartenance anciens qui régissent la société austro-hongroise de la fin du XIXe siècle.

Ce bonheur n’allait pas durer, cette stabilité s’avérerait éphémère. Charles et Zita, simples prétendants au trône, allaient bientôt être placés dans l’œil du cyclone, puis emportés dans le tourbillon de l’histoire des hommes.

Commentaires

commentaire

Damien Thomas

Fier belge féru de France, Fidèle défenseur de la famille, de l'enfance, Frondeur favorable au Roi, à ses façons, Farouche et cyranesque fanfaron, Damien Thomas, contributeur régulier de Cyrano.net, nous fait découvrir son amour immodéré de la politique, des arts et de la culture.