Charles et Zita de Habsbourg : la fin d’un Empire (2/3)

Comment une dynastie sept fois centenaire s’est éteinte, malgré les diverses occasions politiques de salut.

Au matin de la première guerre mondiale, l’Autriche-Hongrie aurait pu se croire en sécurité. L’empereur François-Joseph règne depuis 66 ans et bien que l’archiduc François-Ferdinand ait été assassiné, la succession est assurée puisque Charles, petit-neveu de François-Joseph, a épousé Zita et semble doté de toutes les qualités nécessaires à un futur empereur. En réalité, la conflagration des nations européennes ne pouvait qu’être fatale à l’Empire. L’empereur le sait trop bien, lui qui peine depuis des années à maintenir l’unité entre les peuples si divers qui composent la double monarchie. Depuis le compromis austro-hongrois de 1867, les Hongrois occupent dans le champ politique une place supérieure à leur poids démographique, les Slaves s’estiment floués par la configuration de l’échiquier politique, de nombreux autrichiens sont séduits par les idées pangermanistes, tandis qu’au Nord, la Russie exerce dans les Balkans une influence croissante.

 En réalité, la conflagration des nations européennes ne pouvait qu’être fatale à l’Empire.

L’Autriche-Hongrie a besoin de temps, de paix et de prospérité économique pour mener à bien de difficiles mais incontournables réformes. L’histoire ne le lui permettra pas. Au lendemain de l’assassinat de l’Archiduc, les Austro-hongrois tentent, par le biais d’un ultimatum à la Serbie, d’éviter la guerre en préservant leur honneur. Déboutés, ils se voient obligés d’entrer en guerre. Le jeu des alliances met l’empire dans une situation intenable : allié naturel des Français (avec lesquels des tentatives d’alliance ont échoué), par principe opposé mais par la force des choses allié à l’empire des Hohenzollern (fossoyeurs du Saint-Empire), ce n’est qu’à contrecœur que l’empereur envoie ses troupes au front. Il refuse d’ailleurs de les voir combattre contre des troupes françaises ou anglaises.

Officier, Charles jouera un rôle militaire et politique de plus en plus important au cours des deux premières années de guerre. Zita fait elle déjà preuve d’une grande attention et d’un dévouement inconditionnel aux blessés de guerre. Le 21 novembre, jour où le vieil empereur rend son âme à Dieu, Charles et Zita, âgés de 29 et 24 ans, deviennent respectivement empereur et impératrice d’Autriche-Hongrie.

Charles, empereur, se considère responsable devant Dieu du sort de ses peuples. Il poursuit immédiatement deux objectifs inconciliables : la paix, aussi rapide que possible et les réformes, tant attendues. Ses alliés l’empêcheront de faire la paix, la guerre l’empêchera de mener à bien ses réformes. Il n’empêche, à peine a-t-il pris les rennes de son armée, que l’empereur change du tout au tout la manière dont sont menés les combats : réduction du train du vie des officiers, grand soin de limiter les pertes en vies humaines, mise à disposition des chevaux du palais impérial pour les besoins de la population, les preuves d’exemplarité ne manquent pas.

Ses alliés l’empêcheront de faire la paix, la guerre l’empêchera de mener à bien ses réformes.

Ainsi donc, Charles veut la paix. Il œuvre en ce sens auprès de ses alliés allemands, aveuglés par leur soif de conquête. Convaincu, que l’entrée en guerre des États-Unis signerait la perte de la Triplice, il multiplie les démarches auprès de ses ennemis, du Saint-Siège, rencontre sept fois le Kaiser auquel il prédit la chute de son empire comme du sien s’ils ne mettent pas très vite fin à la guerre.

Face à son refus, Charles se résigne à tenter de négocier l’armistice avec la France, gage de sa volonté de mettre fin au conflit. Gage aussi de la pérennité de sa maison une fois la défaite survenue. La tentative d’entente échouera à cause de la lâcheté et de la cupidité de quelques politiques, dont Pointcarré. Percé à jour dans ce dessein moins d’un an plus tard, isolé et épuisé par des mois de veille et de travail acharné, l’empereur publiera un démenti aux conséquences désastreuses, avant de s’attirer les foudres de ceux qui, à juste titre, l’ont toujours considéré comme pacifique, en envoyant aux Français un télégramme belliqueux. Les Allemands profitent de son erreur pour le forcer à signer un traité d’alliance militaire, qui allait priver l’empire de toute autonomie dans le combat et de facto, le mettre un peu plus encore sous la férule des Hohenzollern.

La presse socialiste et antiroyaliste se déchaine contre Charles et Zita. Nombreux sont ceux qui se laissent séduire par ces discours simplistes, ces raccourcis populistes. L’image de la famille impériale est une fois de plus écornée. Trop bon, trop faible pour certains, l’empereur ne fera jamais emprisonner les rédacteurs de ces pamphlets qui lui font tant de mal. L’influence des milieux pangermanistes est telle que ce sont désormais les parties les plus éloignés de l’empire qui menacent de faire sécession, inquiètes du rapprochement forcé entre l’empire et l’Allemagne. Les Anglais et les Américains, dont les intérêts allaient dans le sens d’un éclatement de l’empire des Habsbourg, attisèrent ces dissensions nationales et apportèrent leur soutien à différents mouvement nationalistes.

La presse socialiste et antiroyaliste se déchaine contre Charles et Zita.

Dans une dernière tentative de redresser la situation, Charles décide de transformer l’empire en une fédération d’États à même de satisfaire les appétits nationaux. Trop tard. La défaite militaire oblige à signer l’armistice et les États-Unis reconnaissent désormais l’indépendance de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Quelques jours plus tard, la révolution éclate à Budapest. Partout, les déclarations d’indépendance fusent. On crée un conseil de l’Autriche allemande, avec lequel Charles a le malheur de négocier, lui reconnaissant de facto une légitimité. Il ne faudra pas longtemps pour qu’un acte de renonciation à la conduite des affaires d’État lui soit présenté. ‘Il ne s’agit pas d’un abdication …’ Comme toujours depuis le début du processus de délitement de l’empire, il s’agit de donner des garanties à l’aile politique la plus progressiste. La signature de ce texte marque en réalité la fin de monarchie autrichienne.

Les occasions politiques de salut ont pourtant été nombreuses, mais à chaque étape, soit la maladresse de Charles, soit la traitrise de quelque homme politique, soit la lâcheté d’alliés potentiels, auront empêché la survie d’une dynastie sept fois centenaire. L’adversité la plus sombre s’abat sur cette famille impériale, injustement privée de l’exercice du pouvoir, de son trône et de toutes ses possessions, publiques comme privées. Le chemin de croix de Charles et Zita ne faisait que commencer.

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Damien Thomas

Fier belge féru de France, Fidèle défenseur de la famille, de l'enfance, Frondeur favorable au Roi, à ses façons, Farouche et cyranesque fanfaron, Damien Thomas, contributeur régulier de Cyrano.net, nous fait découvrir son amour immodéré de la politique, des arts et de la culture.