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Le Bleuet de France, fleur française de la Mémoire

Le Bleuet de France, fleur française de la Mémoire

Le 1er jour du mois de mai a son muguet, le dernier jour de l’année son gui, et le 11 novembre… son bleuet. En effet, depuis plusieurs décennies, ce jour qui commémore l’armistice de la Première guerre mondiale a vu  fleurir sur les boutonnières des français ces délicates fleurs en tissu.

Le choix d’un tel symbole pour évoquer un évènement du XXe siècle aussi tragique peut, à première vue, surprendre. Mais ces fleurs des champs étaient l’un des rares végétaux à pousser sur le front, malgré les obus qui venaient fréquemment retourner la terre. Les bleuets devinrent encore plus étroitement associés au conflit avec les combats du Chemin des Dames en 1917. Mobilisés en janvier 1916, la plupart des soldats de la classe 17 – nés en 1897 – y eurent leur baptême du feu vêtus d’un nouvel uniforme bleu, plus discret que le pantalon rouge garance dont étaient jusque-là affublés les poilus français. Les nouvelles recrues furent donc surnommées « bleuets » par les vétérans, appellation qui persista durant tout le conflit : le bleu éclatant des uniformes neufs contrastait avec le marron boueux de ceux ayant déjà expérimenté les tranchées. Le surnom fut ensuite relayé et popularisé par la propagande de guerre pour désigner les soldats français à travers chants, poèmes et cartes postales.CPA_Bleuet_de_France_1914-1918

Symbole de la Grande Guerre, le Bleuet est véritablement devenu un emblème à la fin du conflit. Cette guerre totale crée une rupture avec les guerres qui l’ont précédée, par sa violence, sa dimension internationale et son intensité. L’emploi d’armes inédites engendre des blessures nouvelles et le bilan humain est très lourd lorsque la guerre s’achève: près de 1,4 millions de morts et 4 millions de blessés endeuillent la France.

Symbole de la Grande Guerre, le Bleuet est véritablement devenu un emblème à la fin du conflit.

Mutilés, invalides et gueules cassées peinent à se réinsérer et à trouver du travail. Dans le but de leur venir en aide, deux femmes ont l’idée de fonder une activité qui permettra de soutenir ces poilus délaissés. Veuve d’un capitaine du 21ème régiment d’infanterie coloniale mort en 1915, Suzanne Lenhardt est une infirmière-major de l’hôpital militaire des Invalides. Charlotte Malleterre est, elle, la fille du général Niox, commandant de l’Hôtel des Invalides.

C’est au sein de cet hôpital, confrontées à la misère et au désœuvrement des blessés de guerre, que ces deux femmes réalisent l’importance de réintégrer ceux-ci à la société. Pour cela, elles créent en 1916 des ateliers où les soldats mutilés fabriquent des bleuets, à partir de pétales en tissu et d’étamines en papier journal. Ces insignes fleuris sont ensuite vendus au public par les soldats, ce qui leur permet de recevoir un petit subside et d’avoir le sentiment de travailler à nouveau. Cantonnée à l’origine à la capitale, la vente des bleuets se généralise en France en 1920 lorsque le président de la république, Gaston Doumergue, octroie son haut patronage à l’association. Le succès des petites fleurs bleues est croissant : ainsi, le 11 novembre 1934 plus de 128 000 fleurs en tissu seront vendues. La même année, l’association est officiellement créée sous le  nom de « Bleuet de France ».  En 1935, l’état français rend officielle la vente du bleuet le 11 novembre dans tout l’hexagone, date qui sera ensuite étendue au 8 mai après la  deuxième Guerre mondiale, en 1957.

Deux femmes ont l’idée de fonder une activité qui permettra de soutenir ces poilus délaissés.

Reconnue d’utilité publique, l’association est dissoute en 1991 et devient l’ «Œuvre Nationale du  Bleuet de France», placée sous l’autorité de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Cette œuvre caritative ne cesse depuis de se développer pour venir en aide à la communauté combattante. A l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, 300 000 bleuets sont confectionnés par des établissements du secteur du travail protégé et adapté (STPA). Outre son action de soutien envers les anciens combattants, elle mène aussi désormais des actions pour la transmission de la mémoire. Cette œuvre possède son pendant britannique, mais dans les pays du Commonwealth, le bleuet est remplacé par le coquelicot, qui peupla les champs lors de la bataille des Flandres et dont la teinte rappelle le sang versé.
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Fleur du souvenir, symbole d’une génération sacrifiée, le bleuet de France rappelle l’importance du travail de mémoire, de la transmission de l’histoire et la nécessaire solidarité à porter envers ceux défendent leur pays. Depuis le 1er novembre et jusqu’aux cérémonies dédiées à l’armistice de 14-18, le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, arbore ce bleuet afin de rendre hommage à tous ceux qui sont morts pour la France. Une initiative à imiter.

 

 

 

 

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A propos de Anne-Laure Debaecker

Diplômée de l'université Paris-Dauphine, Anne-Laure Debaecker est journaliste et collabore en particulier au Figaro et à Cyrano.