Abbaye de Fleury, la Jérusalem céleste des bords de Loire

Il est un monument aujourd’hui discret mais qui jadis fit de la Loire un centre de la chrétienté et de la vie religieuse. L’abbaye de Fleury, imposante et sobre, intacte et abimée, fait l’objet d’une imposante bibliographie et de nombreuses études tant historiques qu’artistiques. Il n’est donc pas ici le lieu d’une nouvelle étude, ni même d’une visite guidée, mais simplement de donner l’envie d’aller voir sur place cette page d’histoire commencée au détour du VIIème siècle et même du VIème avec l’abandon des reliques de saint Benoît au Mont Cassin.
Père des moines d’occident, saint Benoît rend son âme à Dieu en 547 au Nord de Naples au célèbre monastère du Mont Cassin, laissant une règle de vie monastique qui bientôt servira de base à de nombreuses autres règles tout en rythmant, avec un équilibre qui lui est propre, entre prière et travail, la vie de ceux qui portent le nom de bénédictin.

Mais, en 580, les incursions lombardes mettent à mal la région et n’épargnent pas le monastère qui est déserté par les moines se réfugiant dans toute l’Europe. Chose étonnante, ils laissent le corps du saint sur place.
Il faut attendre presqu’un siècle pour qu’en 672, des moines de la toute récente abbaye de Fleury, fondée sur les bords de Loire par des religieux d’Orléans vivant pour la première fois sous la règle de saint Benoit, partent récupérer les reliques de leur saint patron. De là le culte et la règle du père des moines se diffusera de façon quasi exclusive dans tout l’occident, attirant à Fleury nombre de pèlerins, parmi lesquelles Jeanne d’Arc qui pria devant une petite vierge à l’enfant en albâtre datant du XIIème siècle et que l’on vénère toujours dans le transept.

L’essentiel du bâtiment date des XI et XIIème siècle, la nef étant probablement achevée vers 1180. Les nombreux chapiteaux historiés (essentiellement autour de la vie de Saint Benoît et de l’Apocalypse) datent du XIème. Si le dallage du chœur est une œuvre romaine du IV ou Vème siècle, il ne fut apporté là que vers l’an mille pour l’église précédente.

Deux autres particularités méritent l’attention du visiteur comme du pèlerin. Le pilier reliquaire de la crypte qui contient un sarcophage avec les reliques du saint et la tour porche, unique en son genre. Son architecture évoque la Jérusalem céleste de l’Apocalypse (chapitre 21) « Sa longueur est égale à sa largeur, elle a douze portes (…) et elles ne se ferment pas parce qu’en ce lieu il n’y a ni jour ni nuit. »
Enfin, en 1108, Philippe 1er, quatrième roi robertien (plus tard appelé capétien) est à sa demande enterré ici. Repentance et besoin du soutien du grand saint après son excommunication ? Son gisant du XIIIème siècle le met plus en valeur qu’il n’était, d’obèse il devient mince et altier. Mais, détail intéressant, le contenu du sarcophage, ouvert en 1958, était intact et le roi est enveloppé de rouge et non de bleu, couleur qui n’arrivera en effet qu’avec son petit fils (voir notre article) Louis VII.

Abbé comandataire, le cardinal de Richelieu fit appel aux mauristes pour restaurer la discipline. Chassés à la révolution, il faut attendre 1865 pour que des moines de la Pierre qui vire viennent assurent une présence et 1944 pour un retour à la vie conventuelle intégrale.

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Charles Montmasson

Docteur en histoire, Charles Montmasson est un médiéviste passionné, spécialiste des XIII-XVèmes siècles et de la Normandie ducale